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	<title>Archives des Expéditions - Axel Carion</title>
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	<description>Explorateur à vélo</description>
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	<title>Archives des Expéditions - Axel Carion</title>
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		<title>BALLIVIÁN</title>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Sep 2025 18:47:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Découvrez la traversée des pistes du lithium à VTT entre La Paz et le Sud Lipez en Bolivie qu'Axel a réalisé avec Grégory Girard.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="vc_row wpb_row vc_row-fluid" ><div class="wpb_column vc_column_container vc_col-sm-12"><div class="vc_column-inner"><div class="wpb_wrapper">
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			<p style="margin-top: 0px; text-align: center;"><em><a href="https://turbulences.aboshop.fr/common/product-article/1786" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Récit publié dans le Hors Série N°13 &#8211; 2025 du magazine GRAVEL</strong></a></em></p>
<p><strong>Photographes: <a href="https://bikingman.com/fr/organisation/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">David Styv &#8211; Bastien Lemaire</a></strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Pédaler au-dessus de l’altitude du Mont-Blanc est un exploit qui ne peut être tenté qu’au cœur de quelques chaines de montagnes de la Terre. L’explorateur français Axel Carion est passionné par les pays où l’oxygène est rare. Il a gravi à vélo plus d’une centaine de sommets culminant à plus de 4000m. Cette fois-ci, il nous embarque pour une expédition XXL au pays de l’or blanc et du lithium : la Bolivie. Sortez les bouteilles d’oxygène et les lunettes anti-UV !</p>

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Irrespirable
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			<p>Le Mont Turia dans notre Savoie est perché à 3650m. En Bolivie, c’est l’altitude de la capitale du pays : la Paz. Voici deux comparaisons altimétriques qui permettent de comprendre la différence d’échelle des massifs entre les vieilles Alpes et les jeunes Andes. Là-bas, la ville perchée au pied de la montagne que les incas avaient surnommé « le dieu de la grêle », le Huayna Potosí (6088m) vous écrase littéralement lorsque vous apercevez la cordillère Royale. La circulation incessante et chaotique des Boliviens, les sons stridents des klaxons et l’air sec des Andes, tout ce cocktail vous abasourdit alors que vous êtes asphyxié par le manque d’air. A première vue, vivre dans l’Altiplano (« haut plateau » en espagnol) en Bolivie est insupportable pour un européen. Notre force vitale semble nous quitter plus rapidement que nulle part ailleurs tel un sortilège que les dieux des montagnes nous auraient jeté.</p>
<p>Lentement, nous assemblons nos VTT et sacoches pour prendre le départ vers le Sud. La voix sonne plus grave et la gorge est horriblement sèche quand nous communiquons avec mon compagnon d’aventure : Grégory Girard, qui découvre l’Amérique latine pour la première fois. Le mal de crâne nous ponce le mental et la seule décision raisonnable pour le traiter est de se reposer le corps et l’esprit avant l’électrochoc qui les attend. Nous partons le lendemain en direction « d’El Alto », la ville limitrophe qui permet de quitter la cordillère Royale bolivienne. Pour visualiser cette mise en bouche : imaginez 12 km d’ascension pour s’évacuer de la ville totalement hors d’haleine en franchissant une barrière montagneuse à 4100m ! Nos VTT sont lourds les bougres, nous avons stocké pour près d’une semaine d’alimentation déshydratée et prévu de quoi survivre au froid extrême des déserts de sel de Coipasa et d’Uyuni. Après une heure et demie d’effort harassant, nous marquons une première pause en regardant le compteur GPS tout en reprenant notre souffle. Nous venons tout juste d’arracher 400 misérables mètres de dénivelé. Greg me jette un regard avec ses yeux rouge sang en dévorant des bananes plantins séchées. Nous prenons soudainement la mesure du défi que nous nous apprêtons à réaliser.</p>
<p>Le dieu de la grêle envoie son armée alors que nous prenons sur la tête un orage d’une puissance homérique. Les militaires que nous croisons près de la rivière Catari m’encourage chaudement de nous mettre à l’abri. La grêle nous fouette le visage et parvient même à être douloureuse à travers les vêtements. Le ciel se fissure et mon âme s’ouvre en grand à l’idée d’accompagner un ami au cœur de ce territoire épique que j’ai tant aimé traverser en 2015, en 2017 puis en 2018.</p>
<p>Il faut savoir raison garder et nous trouvons refuge au village de Botiljaca sous la tôle d’une maison de fortune. Le spectacle est envoutant, le ciel envoie ses escadrons d’éclairs à la vitesse de la lumière en provoquant un vacarme assourdissant. La foudre chauffe l’air et claque si fort que je ne saurai dire si mon corps tremble de peur ou du froid de l’altitude. Les orages de fin d’année sont des phénomènes qu’il faut respecter avec beaucoup de précautions dans les Andes car les abris sont très peu nombreux et la flore quasi inexistante. Si vous jouez avec les allumettes, ne soyez pas étonnés de prendre feu. Les choses sérieuses peuvent commencer car nous quittons la première (et dernière) portion d’asphalte de l’expédition. Le soleil meurt à l’horizon à 18h30 en recouvrant une ultime fois de reflets d’or les collines qui formèrent jadis les fonds du lac immense <em>Ballivián, </em>qui recouvrait l’Atliplano à l’époque du pléistocène.</p>

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Le toit de la Bolivie
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			<p>Nous mettrons deux jours pour rejoindre le point culminant de Bolivie : le stratovolcan Nevado Sajama (6542m). Il est difficile de raconter avec des mots cette approche à vélo tant la géologie des lieux laisse apparaître les signes de mouvements terrestres qui dépassent la compréhension des humains. Les vulgaires bandeaux de pistes sur lesquels nous roulons sont des rides invisibles sur le visage immaculé de la lithosphère bolivienne. Le Sajama est tout bonnement prodigieux à approcher. Tel un géant des terres, il est impossible d’en mesurer la dimension. Ce n’est qu’en se rapprochant par une piste de contournement sur son flanc nord que nous parvenons à contempler les yeux à moitié clos, sa beauté millénaire. A 4400m, nous suffoquons et sommes aveuglés par ses neiges éternelles. L’énergie métabolique a déployer pour franchir ce deuxième cap d’altitude requiert une patience toute particulière car le « Soroche » (le mal aigu des montagnes) n’est jamais loin et peut frapper à tout moment.</p>
<p>Je suis devenu un expert de la sensation d’asphyxie morale que provoque la très haute altitude. C’est comme revenir à l’état des premiers jours de nos existences où l’acuité du corps humain et nos facultés cognitives sont encore en construction. On peut perdre pied rapidement lorsque la raison de l’adulte fait face à ce sentiment de perte de repères. Le risque est de se faire submerger par une sensation de vide abyssale dans laquelle vous êtes absorbé. Greg lutte avec honneur et nous forgeons à chaque coup de pédale une amitié indéboulonnable. Le voyage pourrait s’arrêter sur les pentes du Sajama tellement l’expérience de son contournement est intense.</p>

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Les glacières d&rsquo;Amérique du Sud
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			<p>Nous redescendons ensuite au niveau de la mer de l’Altiplano : à 3600m, afin de pénétrer au cœur des gigantesques lacs de sel des salar de Coipasa et d’Uyuni. Ils sont apparus à l’assèchement de leur « grand frère », le Ballivián, et font l’objet aujourd’hui d’une exploitation intense de leur héritage : le précieux « or blanc » du lithium (40% des réserves mondiales actuellement découvertes). L’index UV grimpe jusqu’à 20. Le four solaire tourne à plein régime et nous fonçons à toute allure à travers les polygones de sel formés au sol par l’écoulement de l’eau et l’évaporation. Bien que les déserts soient asséchés à cette période, ils sont extrêmement périlleux si vous avez le malheur de vous éloigner des traces creusées par les 4&#215;4. En effet, sous l’épaisse couche de sel se trouve des sédiments boueux qui vous immobilise n’importe quel véhicule. Sur les rivages des lacs, vous pourrez déchirer un pneu sur les morceaux de roches volcaniques en quelques secondes.</p>
<p>Il ne faut donc jamais s’abandonner totalement au risque de voir le meilleur matériel se disloquer face à l’âpreté géologique du lieu. Chaque sanctuaire naturel où l’humain n’est pas le bienvenu fait émerger des paradoxes sur sa beauté apparente. Elle est généralement proportionnelle aux risques encourus pour l’approcher. Après des jours brûlants dans le désert, nous privatisons l’île de « Tortugas » pour notre bivouac du soir pour tenir compagnie à quelques rochers coupants comme des lames de rasoir. Ce lopin de terre volcanique de quelques dizaines de mètre est sans doute l’un des lieux de bivouac les plus exquis de notre planète. Pendant que le soleil tente de nous rendre amnésique à l’horizon en nous aveuglant, il salue la lune d’un dernier clin d’œil. L’immensité du lieu est tellement phénoménale que l’on pourrait aisément s’y perdre. Les carcasses de voitures abandonnées et dévorées par le sel, ne sont sans doute pas là pour le folklore et les touristes.</p>

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La montagne du peuple
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			<p>Nous quittons les réserves de lithium avec une haie d’honneur de centaines de cactus géants alors que le bouquet final approche. Le Sud Lipez qui délimite la zone frontalière sud-ouest de la Bolivie, est à inscrire au panthéon des lieux phénoménaux que la vie terrestre a su révéler en plusieurs millions d’années et grâce à des successions de mouvements infinitésimaux de la croute terrestre. Le prix à payer est très élevé car la folie guette les humains dans cet endroit hostile. Les rares touristes que nous croisons circulent dans des 4&#215;4 protégés et ne peuvent saisir les dangers environnants. Les lacs écarlates aux couleurs captivantes que nous prenons en photos ne sont pas des lieux de baignade recommandés avec leur teneur élevée en arsenic. Seuls les flamants roses viennent du bout du monde pour se reproduire dans ce paradis terrestre. Sans doute est-ce par un soucis de recherche d’une extrême intimité ?</p>
<p>La pampa et ses rares arbustes survivent péniblement et acceptent d’être balayés par un vent puissant et permanent. Le sable s’invite à la fête et les pneus se transforment en chenilles. Dieu soit loué que nous ayons emporté du 57mm de largeur mais cela ne suffit pas pour franchir plusieurs collines où nous devons, tels deux pèlerins éberlués, marcher jusqu’à la cime. Le maléfice nous frappe comme il m’a frappé déjà il y a des années en nous faisant perdre la raison. Nous faisons l’erreur de manquer quelques rares opportunités de ravitaillements en eau et en solide lors des traversées de hameaux isolés. Greg est à bout avec les lèvres déchirées et brûlées par le soleil. L’approche du volcan Licancabur (la « montagne du peuple » en langue Kunza des Atacamenos), se paye au prix d’un risque maximal : celui de briser une amitié. J’utilise tous les artifices pour convaincre mon compagnon de poursuivre alors que je suis conscient qu’il est déjà sous l’influence du dieu des montagnes. Lors de la dernière ascension, à 4920m d’altitude, nous surplombons la Laguna Colorada et longeons une faille géologique majeur jusqu’au sommet. A 20h00, nous respirons de l’oxygène au-dessus de l’altitude du Mont-Blanc. Greg semble avoir fait un match de boxe avec Mike Tyson. Son visage est déformé par l’effort mais je lis une gratitude que seuls ces lieux peuvent provoquer. Son esprit a été capturé par la folie de l’altitude et le temps presse pour rejoindre la frontière avec le Chili. Je connais trop bien les yeux des personnes qui basculent « de l’autre côté » de l’effort et lorsqu’elles ont dépassé leurs limites en exigeant l’impossible à leur corps. Le mental s’effrite soudain telle une feuille morte que l’on décompose en la déplaçant avec ses doigts. La motivation disparait et l’esprit se retourne contre son hôte pour le torturer.</p>
<p>Nous redescendons de nuit vers les termes d’eau chaude de Polques pour laver notre âme avec un bain dans une eau à 30°C face au Salar de Chalviri. Les yeux de Greg sont hagards, il prend la mesure du risque que nous venons de traverser ensemble. Nous bouclons cette expédition en longeant silencieusement l’étendu du désert de Dali alors que des hordes de touristes en 4&#215;4 soulèvent des nuages de poussière à plusieurs centaines de mètre. Le gardien de la frontière bolivienne est toujours aussi majestueux. Le Licancabur surveille du haut de ses 5920m les laguna Blanca et Verde et nous nous échouons à l’auberge collé au poste frontière chilien. Les acouphènes de l’esprit de la montagne retentissent dans nos tympans encore sous le choc mais c’est le prix à payer pour explorer ces territoires aux confins du monde.</p>

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		<title>AMERICA SOLO</title>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Mar 2025 20:24:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>5800 km pour relier New-York à Astoria, voici le récit de l'aventure américaine d'Axel en Amérique qu'il a réalisé en 2024.</p>
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			<p style="margin-top: 0px; text-align: center;"><em><a href="https://turbulences.aboshop.fr/common/product-article/1761" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Récit publié dans le Hors Série N°12 &#8211; 2025 du magazine GRAVEL</strong></a></em></p>
<p><strong>Photographes: <a href="https://bikingman.com/fr/organisation/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">David Styv &#8211; Bastien Lemaire</a></strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Qui n’a jamais rêvé de traverser les Etats-Unis à vélo ? Ce pays fait la taille d’un continent et nous pensons tous, très curieusement, être proche de sa culture et de son peuple. Pourtant, cette « conquête de l’ouest » a réservé bien des surprises à Axel Carion qui a relevé le défi en 25 jours en parcourant 5 800 kilomètres pour relier New-York à Astoria. Cap chez l’oncle Sam !</p>

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Le vagabond du rail
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			<p>Dessiner une trace pour traverser un pays est toujours un exercice délicat. Par où commencer ? Comment donner vie à la carte en papier sans déflorer le plaisir subtil de plonger dans l’inconnu ? Si vous écumez les itinéraires et témoignages existants sur internet, ou pire encore, si vous utilisez les applications algorithmiques pour vous dicter où pédaler sans réfléchir, le charme peut disparaître instantanément.</p>
<p>Pour l’Amérique du Nord, je voulais innover en évitant la route historique de la « TransAm » (née en 1976) que des milliers de cyclistes ont déjà parcouru. « L’American Cycling Association » avec qui j’ai échangé longuement m’a convaincu de chercher des itinéraires non conventionnels afin de fuir les flux incessants de véhicules car l’Amérique a bien changé depuis 50 ans. Bien que le territoire soit gigantesque, la ramification des routes et pistes pour relier l’est à l’ouest du pays est très loin d’être aussi riche qu’en France et il est essentiel de bien « affuter son crayon » de traceur si vous souhaitez un jour tenter l’aventure d’une traversée.</p>
<p>Il n’y a pas de hasard. Grâce à cette démarche, j’ai fait la connaissance de Ryan Duzer, un Américain passionné de voyages à vélo qui avait déjà traversé plus de 4 fois son pays. Lors de nos échanges, il a attisé ma curiosité en me murmurant les contours d’une trace avec 20% de sections gravel dont l’objectif serait de suivre les anciennes voies ferrées construites lors de la conquête de l’ouest et qui ont été (et sont encore) lentement reconverties en « trail » (comprendre chemins réservés aux piétons et cyclistes).</p>
<p>En bon fan de l’un des ouvrages de Jack London et étant passionné des réseaux édifiés par les humains, ce fut le déclic qui mit un terme à mes recherches et me convainquit de foncer suivre le rail de fer pour explorer une trace au plus profond de l’Amérique. Adieu les traditionnels grands parcs nationaux, la mythique route 66 et bienvenue à la diagonale du vide du Mid-Ouest !</p>

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Avis de tempête
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			<p>L’ouragan Debby frappait violemment l’Est des Etats-Unis quand je pris le départ de cette expédition le 7 août dernier. On m’avait déconseillé de venir en été compte tenu de la chaleur étouffante mais également du risque de tornades de la « tornado alley » (diagonale périlleuse qui traverse les états du Dakota du Sud, Nebraska, Kansas, Oklahoma et du Texas).</p>
<p>Avant de sauter dans l’inconnu, je fus accueilli en famille sur New-York chez ma sœur qui y vit depuis des années. J’ai également eu la chance de parcourir les premiers kilomètres en bonne compagnie avec Xavier Coello (équatorien vivant à NYC) avec qui je discutais depuis 2021 autour de cette traversée.</p>
<p>La sortie de l’état de New-York fut une douche froide redoutable en suivant « l’Empire State Trail » qui longe le réseau en eau potable de la ville jusqu’aux chutes du Niagara. En temps normal, ce tronçon de pistes le long du canal Érié est une promenade enchanteresse au cœur des forêts. Je m’imaginais « caboter » entre les villages pittoresques pour m’enivrer de l’histoire des pionniers qui aménagèrent la région en réalisant des travaux pharaoniques. Au lieu de cela, ce fut 950 km de pénitence sous des pluies diluviennes qui transformèrent le long fleuve tranquille que j’avais imaginé en expédition engagée. Fort heureusement, j’aime la forêt qui prend l’eau car les senteurs qu’elle émet m’enivrent. Les passages dans les laveries ouvertes 24h/24h furent des arrêts obligatoires durant les premiers jours pour sécher/laver et repartir de plus belle tout en cicatrisant le corps meurtri par des journées de 10 heures de selle avec une humidité pernicieuse.</p>
<p>En faisant le choix de bivouaquer la majeure partie du temps pour éviter d’y laisser mon porte-monnaie, l’accès aux douches fut « rare » (5 douches sur 25 jours de traversée) ! Je me suis rapidement transformé en vagabond aux yeux écarquillés et à la peau gonflée par les intempéries. Alors que tous les yeux du monde étaient braqués sur les Jeux Olympiques de Paris, les Américains dans les bars / restaurants et stations-services voyaient débarqués un français au grand cœur qui chantait à tue-tête qu’il venait traverser l’Amérique à vélo. Il fallait seulement quelques secondes pour établir le contact avec l’autochtone, le temps que j’enlève mon sac plastique géant qui me servait de combinaison de survie sous le déluge !</p>

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			<blockquote><p>
S&rsquo;éveiller après le rêve
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			<p>Ma percée américaine commença réellement après avoir longé les casinos qui surplombent les chutes du Niagara puis traversé l’Ontario au Canada et enfin le lac Michigan pour rallier Milwaukee. A cet instant précis, je n’avais théoriquement plus d’intempéries, peu de vent et qu’un petit morceau de terre qui me séparerait de l’océan Pacifique. Seul hic : il restait encore 4 000 kilomètres. J’avais un atout dans ma poche en ayant survécu au choc brutal que le corps subit lorsque tu passes de 200 km de vélo par semaine avec tout le confort de la maison à 1500 km en totale autonomie sur un vélo de plus de 20kg.</p>
<p>Traverser tel un météore un continent fait naitre un plaisir bouillant indescriptible qui réside dans la répétition simple des actions suivantes : se lever, pédaler jusqu’à l’épuisement et s’effondrer la nuit sur un banc. Les états du Wisconsin, de l’Iowa et du Nebraska furent une formalité en y repensant. Je me souviens pourtant d’une progression de funambule, tel un train fantôme, entre les villes et villages qui fut possible grâce à un réseau exquis de pistes gravel.</p>
<p>Chaque matin le salut des cervidés était de rigueur. Nous nous reniflions à distance sans jamais vraiment nous rapprocher. Au loin j’entendais vrombir les SUV gigantesques tout en éprouvant un plaisir infini à progresser de villages en villages de manière presque invisible. Les anciennes gares étaient des zones idéales pour chercher un endroit où dormir. Les quelques parcs municipaux disposaient souvent d’une halle éclairée où je me faufilais tard dans la nuit quand toute le monde dormait pour monter méthodiquement mon abri pour quelques heures.</p>
<p>A mesure que je progressais vers l’ouest, les villages fantômes furent de plus en plus clairsemés. Les épaves de véhicules Buick / Chrysler et Cadillac sur le bord des routes donnaient une impression d’un monde humain qui meurt. Le nouveau monde, celui du grand réseau et des « interstates » (autoroutes) a inexorablement remplacé les anciennes voies commerciales du rail de l’époque. Ce sont deux Amériques qui s’ignorent : celle des villes où règne la loi de la jungle et celle des campagnes où survivent des irréductibles amoureux de leur terre et qui tentent par tous les moyens d’éviter d’être avalés par la nature environnante.</p>
<p>En rendant hommage aux travailleurs de l’extrême qui ont édifié ces voies, mon corps me rappela soudainement à l’ordre en foudroyant mon genou d’une douleur profonde. Avec la fatigue accumulée durant 12 jours de traversée, la démence guette le voyageur. On contrôle, recontrôle et surcontrôle ses côtes en cherchant la position parfaite qui atténuera la souffrance. Cela a dû me prendre un certain temps car je me souviens que les larmes versées m’ont creusées le visage pendant plusieurs heures. Est-il seulement possible de s’engager sur une telle folie sans en payer à un moment le prix fort physique et mental ?</p>
<p>Les échanges avec les nord-américains furent rares et comme pour les stations-essences en Amérique, il est important « de faire le plein » quand vous en rencontrez sur votre chemin. Je saisissais chaque opportunité de contact pour me recharger en énergie positive via des discussions à bâtons rompus. Dans l’Iowa, Greg un vieux briscard moustachu qui rigolait de mon accoutrement lors d’un ravito « station-essence », m’avait tendu un couteau en m’avouant : « tu pourras en avoir besoin et je t’envie de faire ce que tu fais ». Qui était le plus fou de nous deux lui répondis-je ? C’est ça aussi l’Amérique : ces rencontres insolites et fulgurantes qui te marquent à jamais au fer rouge et qui te sortent du rêve américain avec un seau d’eau.</p>

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Ce sacré dollar
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			<p>La « Corn belt » (la ceinture du maïs) et les grandes plaines furent finalement sans grandes difficultés à vélo. Que l’on soit fan absolu ou allergique à la culture américaine, nous baignons dans tellement de symboles qui viennent de là-bas qu’il est fascinant de faire tomber le décor et de découvrir la réalité brutale des conditions de vie rurales du pays. Les distances entre les lieux de vie sont vertigineuses et les conditions climatiques compliquent considérablement l’aménagement du territoire. Cette région m’est apparue épuisée, presque oubliée des yeux du monde avec ses plaines étourdissantes, son agriculture ultra intensive et ses habitants bourrus en apparence mais si attachants quand je prenais le temps de boire un café (ou une bière fraiche) à leur côté pour comprendre leur quotidien.</p>
<p>Bien loin de la modernité des mégalopoles américaines, le choc le plus saisissant fut de prendre la mesure du gigantisme de ce pays grâce au vélo qui me servait de compas et de règle. Les lignes droites à perte de vue me rendaient fou car la moindre ascension pouvait faire jusqu’à 60 km avec du 1 à 3% de moyenne, et avec le vent dans la bouche comme chewing-gum à mâcher. C’était comme pédaler dans une autre dimension et découvrir l’envers d’un décor que l’on vous a présenté comme enchanteur grâce au rouleau compresseur de l’appareil culturel américain.</p>
<p>Comme souvent, la réalité est bien différente avec des conditions de vie très rudes. Pour ne rien arranger, tout se paye en Amérique et même à vélo, le coût de la vie durant cette traversée fut exorbitant (hôtels, nourriture et pièces détachées). Après plus de 3 400km, trois pneus explosés à cause de l’état déplorable des routes, je rejoignis enfin les rocheuses dans le Wyoming pour franchir mon premier « véritable » col à 2 909m : Togwotee pass sur la Continental Divide. Par chance il venait de rouvrir après un incendie d’une puissance rare et j’ai pu m’enivrer dans le parc national du Grand Téton avant de devoir réaliser un détour de plus de 300km à la suite d’un autre incendie géant dans le parc national de Boise.</p>
<p>Mad Max n’est pas un film de science-fiction. Il suffit de pédaler quelques heures sur une « interstate » (autoroute) américaine où les vélos sont tolérés pour s’en rendre compte ! Le dodge charger du shérif qui vous frôle lors de ses poursuites de contrevenants s’apprécie mieux dans une salle de cinéma que sur des prolongateurs de triathlon. Globalement, cette trace fut à de rares occasions périlleuse mais l’approche des grands parcs (Yosemite entre autres) et de l’état du Montana fut très pénible car elle impliqua de supporter la cohabitation avec une cohorte de camping-cars que l’on appellerait en Europe des semi-remorques, compte tenu de leur taille démentielle.</p>
<p>La fine bordure de route sur laquelle je progressais chaque jour me garantissait son lot de frissons lorsqu’un V8 approchait au loin. Cela m’a rappelé les frayeurs ressenties lors des survols en rase-motte des avions d’épandage sur l’avenue de la banane en Équateur&#8230;</p>

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			<blockquote><p>
L&rsquo;océan
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			<p>Les ultimes 2 400 km furent une invitation à revenir un jour pour explorer les rocheuses en gravel ou plutôt même à VTT. Le drame des traversées est d’être comme aspiré par une forme de vortex cérébral (qui n’est sans doute que la projection de l’objectif de votre voyage) et qui transforme tout détour ou éloignement de votre direction principale, en un effort surhumain que vous vous refusez de réaliser. J’ai progressé en avalant 240 km par jour en moyenne, comme hypnotisé par la vision imaginaire que je projetais de l’arrivée sur la côte Pacifique.</p>
<p>Dans la noirceur des nuits, j’essayais de décrocher les étoiles une à une pour puiser l’énergie nécessaire afin de poursuivre ma quête. Chaque astre que je parvenais à décrocher, c’est un ancêtre qui venait me rejoindre et que je faisais monter à bord de ma machine à voyager dans le temps.</p>
<p>L’Idaho et l’Oregon me firent oublier tous les sacrifices qui ont rendu possible ce voyage. Je dévalais les pentes de collines dorées avec des centaines d’éoliennes comme public en hurlant comme un gosse. Les rares villages perchés à leur sommet m’offraient des ravitaillements inoubliables dans des ambiances de saloon du 21ème siècle où se mélangeaient chasseurs, membres des Hells Angels et agriculteurs. Plus j’approchais de l’ouest du continent, plus il fut compliqué de régler mes additions au restaurant car je fus souvent invité par mes hôtes lorsqu’ils apprenaient avec stupeur que cela faisait 3 semaines que je pédalais pour rejoindre Astoria depuis New-York.</p>
<p>Je fis un court détour par l’état de Washington pour m’offrir quelques vues imprenables sur les Monts Adams et Sainte-Hélène mais surtout pour éviter Portland, l’ultime grande ville avant l’océan car la drogue ravage ses rues où se mélangent conducteurs énervés et des piétons sous influence en quête du moindre dollar.</p>
<p>En rejoignant en silence la plage où git l’épave du navire marchand Peter Iredale sur l’océan Pacifique, je soulevai péniblement mon destrier pour immortaliser de manière symbolique mon arrivée avant de m’effondrer en comprenant seulement la folie que je venais d’accomplir. 25 jours après mon départ de New-York, la merveilleuse nouvelle qui clôtura telle une cerise sur le gâteau ce voyage, fut l’accueil et la générosité de Keith qui m’ouvrit ses portes sur Astoria et fut le premier et seul hôte chez qui je parvins à dormir. L’Amérique du Nord et son peuple ne se laissent pas conquérir si facilement&#8230;</p>

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		<title>L&#8217;oncle Hô</title>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Jan 2023 04:55:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La traversée de la piste Hô-Chi-Minh à VTT d'Axel Carion sur les traces de ses ancêtres.</p>
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			<p style="margin-top: 0px; text-align: center;"><em><a href="https://www.200-lemagazine.com" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Récit publié dans le Hors Série N°1 &#8211; 2023 du magazine 200</strong></a></em></p>
<p><strong>Photographe: <a href="https://bikingman.com/fr/organisation/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Didier Martin et David Styv</a></strong></p>
<p>Le Laos et le Vietnam regorgent de routes et pistes savoureuses où il fait bon de se perdre. Rejoindre ces deux pays est une vaste entreprise que ce soit par voie aérienne ou par voie terrestre. Pourtant, une fois sur place, comme beaucoup de lieux qui symbolisent des sanctuaires dans l’inconscient collectif de l’Occident, le jeu en vaut la chandelle. A l’aide de mon VTT semi-rigide et d’une configuration très minimaliste de matériels, je suis parti sur 2 700 kilomètres pour relier l’ancienne capitale culturelle du Laos : Luang Prabang à Saïgon (Hô Chi Minh ville) au Vietnam.</p>
<p>L’objectif de cette aventure fut de suivre la célèbre piste Hô Chi Minh qui fut déterminante dans l’issue des deux guerres successives d’Indochine et du Vietnam. Il y a près de soixante ans déjà, le projet de la piste voyait officiellement le jour quelques mois après la fin de la guerre d’Indochine alors que l’opposition entre le Vietnam Nord et le Sud faisait rage. A l’époque, ce réseau complet de voies de circulation qui allait représenter plus de 20 000 km de routes et 3 000 km de chemins, était un avatar de la résistance vietnamienne face à l’envahisseur américain. L’objectif de la piste (du réseau de fait) était clair : elle devait faciliter le ravitaillement en vivres et en armes du Vietnam Nord en passant par la chaîne de montagne inhospitalière de Truong Son qui forme la frontière naturelle avec le Laos et le Cambodge sur 1 100 km.</p>

		</div>
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Sabaidee
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			<p style="margin-top: 0px;">Depuis le havre paisible de Luang Prabang, on a peine à croire les exactions vécues par les laotiens et en particulier les Hmong (« Les hommes de la montagne ») tant l’atmosphère est paisible et enveloppante au contact de ses habitants. Le marché matinal grouille de vie. Les étals présentent des insectes séchés, de la peau de buffle, des fruits exotiques et les Laotiens vous sourient béats. Pendant ce temps, les moines bouddhistes marchent en file indienne pour récupérer des offrandes alimentaires dans la rue auprès de leurs fidèles. Au mois d’octobre, la saison des pluies est terminée et l’humidité de l’air est supportable. C’est un intermède climatique qui ne dure que peu de temps mais qu’il est essentiel de viser si vous souhaitez vous aventurer à vélo hors des sentiers battus en Asie du Sud-est. Il ne fait pas bon de se risquer durant la période de la mousson provoquant des crues pouvant emporter déchets, débris végétaux, troncs d’arbres, routes et ponts sur leurs passages.</p>
<p><strong>B52</strong></p>
<p>Plus de 500 000 engins explosifs ont été largués tout au long de la zone frontalière entre le Laos et le Vietnam et sur le relief étourdissant de la jungle laotienne, laissant des traces douloureuses dans les esprits des anciens. Dès les premiers coups de pédales, les vrombissements des forteresses volantes américaines s’évanouissent de mon esprit pour laisser place aux sons aigus des insectes et aux murmures de la végétation qui semble en apparence impénétrable. L’itinéraire débute par une entrée en matière en douceur qui permet de « s’échauffer » sur plusieurs centaines de kilomètres pour rejoindre la plaine des Jarres et entamer les choses sérieuses.<br />
L’asphalte, quand il est présent, est généreux et plutôt de bonne qualité. A cette période il peut enfin respirer après les chaleurs caniculaires et les pluies torrentielles qu’il a subi. La Chine, œuvre en arrière-plan depuis plus d’une décennie, pour poursuivre le développement du réseau laotien dans le cadre de son projet pharaonique des « nouvelles routes de la soie ». Le premier chemin de fer à grande vitesse du pays a d’ailleurs été construit et inauguré par les Chinois en 2021 pour relier la capitale Vientiane à la frontière chinoise, facilitant le commerce mais aussi les temps de transferts pour les habitants. Auparavant, il fallait près de 15 heures de bus sur une route défoncée pour rejoindre le Nord. Aujourd’hui en moins de 4 heures l’affaire est pliée en train, avec le vélo emballé correctement sous le bras.</p>
<p>L’oisiveté habituelle que les voyages à vélo de plusieurs semaines sait créer me coûte cher. En manquant de prudence sur l’asphalte, je pars dans le décor, trahi par une plaque d’hydrocarbure que les camions dispersent à leur passage. Cette chute me fait l’effet d’une piqûre de taon et me donne un coup de fouet qui m’accompagnera jusqu’aux portes Hô Chi Minh ville. Je saisis alors malgré la paix apparente qui règne ici, qu’il est temps pour moi d’entrer sérieusement dans cette expédition et d’en évaluer avec prudence les dangers. Ma trousse à pharmacie se limite à deux dolipranes, une brosse à dents et de la bétadine. Tel un oisillon qui s’apprête à prendre son envol, je frissonne à l’idée du défi qui se dresse devant moi car la piste et ses pièges sont encore à venir. Aucun droit à l’erreur, c’est la rançon du voyage ultraléger avec peu de matériels que j’accepte de payer, pour progresser avec plus de légèreté et franchir les obstacles de la topographie, qui se dressent devant.</p>
<p>Chaque matin son rituel : le réveil sonne à 5 h 00 alors que le soleil dort encore. Les Laotiens, comme souvent avec les peuples ruraux, vivent au rythme solaire. Les premières lueurs du jour requièrent une doudoune légère car à plus de 1 500 mètres d’altitude dans les montagnes, le thermomètre peut vite descendre sous les 15 ° C. Cela peut paraître chaud et relativement confortable. Pourtant, le corps chaque jour doit faire tampon pour résister aux variations considérables de température et d’humidité. Lorsque l’on passe de 35 ° C à moins de 15 ° C, les « coups de chaud » de la journée font frissonner l’épiderme qui tente de s’adapter péniblement. La peau brûle avec le soleil mais l’humidité la répare naturellement. Le cuissard comme le maillot sont trempés et pour des raisons évidentes d’hygiène, il est impératif de veiller quotidiennement à prévoir une séance de lavage et de séchage pour repartir sereinement. Ce n’est pas mon premier voyage à vélo au Laos et j’avais gardé le souvenir, délicieux et insupportable à la fois, que tout est trempé en permanence. Rien ne sèche vraiment, ni la terre de la piste, ni les vêtements de cycliste. Au contact des Laotiens, je comprends à quel point l’eau est un élément essentiel qui façonne leur culture. Tout ruisselle en permanence avec une puissance inexorable. A la surface de la terre, l’eau circule sans relâche à l’image du fleuve du Mekong et sa couleur brune. Sous la terre laotienne, les nombreuses cavités font le bonheur des spéléologues en herbe qui tentent de cartographier les nombreux lacs et rivières souterrains. L’eau est absolument partout et il faut vivre selon son humeur. L’humidité provoquée par le climat anime le quotidien des habitants et leur garantit un éclat de jeunesse sur le visage, même pour les plus anciens. Les enfants jouent dans la boue avec autant de plaisir que sous un soleil écrasant. Même pendant la saison sèche, il arrive que les averses s’abattent sur le territoire. Le concours de béquille des scooters est alors rapide, tous les deux roues s’arrêtent quand il pleut. Chacun sort alors son sac plastique qui fait office de veste de pluie afin de poursuivre sa destination, très souvent avec le sourire.</p>

		</div>
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Le python de la fournaise
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			<p style="margin-top: 0px;">Ce pays est comme un poumon, il respire la vie et expire une énergie étonnante. Chez les humains comme en pleine nature tout se transforme en permanence ici, et à la différence des pays tempérés, le territoire semble être façonné quasiment en temps réel par le climat. Les ponts de bambous édifiés durant la saison sèche sont emportés comme du petit bois par les torrents. Les collines s’effondrent régulièrement sur les axes routiers en laissant des éboulements impressionnants que les Laotiens dégagent avec la patience des sages. Le chant des cigales mâles est effrayant tant il est puissant. Leur cymbalisation est omniprésente à chaque accalmie alors qu’elles se nourrissent inlassablement sur les végétaux environnants. Quand un python serpente sur la route devant mes roues, mon cœur marque une pause et je cesse de respirer un instant pour observer cette scène, terrorisé. Une grande concentration est indispensable pour piloter sur la piste Hô Chi Minh tant les sons de la faune et de la flore peuvent mener à la faute. Alors que la piste se resserre devant moi, les fins de journée où le soleil meurt à l’horizon sont des moments d&rsquo;inquiétude mais excitants car ils sont volontaires. La montée d’adrénaline fait grimper le cœur de 10 ou 20 battements par minute et permet de conserver les sens aiguisés jusqu’à l’étape du soir. L’alternance de pluies fines puis d’accalmies laisse parler la flore. Le bruissement des feuilles qui font la taille d’arbustes européens associé aux chants des arbres m’accompagnent et me transportent alors que, suspension déverrouillée sur le vélo, je dévale à toute allure des tronçons de piste périlleux avant de terminer la journée.</p>

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Sur les traces des Vietcongs
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			<p>Le plus dur, comme sur chaque voyage, est de progresser inexorablement, vers l’objectif fixé à des milliers de kilomètres de là. J’aimerai poser le pied à terre, j’aimerai m’enfoncer dans cette jungle pour mieux la connaître. La vérité c’est que le vélo est mon balancier et que je progresse tel un funambule suspendu au-dessus du sol animé chaque matin par une flamme qui fait disparaître toutes mes courbatures et douleurs corporelles. Notre époque va vite, je tente de la battre au sprint en me plongeant dans une simulation déformée du quotidien d’hier des Laotiens et Vietnamiens qui ont péri en édifiant cette piste. Il serait grotesque de se plaindre sur le vélo. Les pistes du pays saignent encore des plaies de la guerre qui a laissé à plusieurs Organisations Non Gouvernementales telle que la MAG, un travail colossal de déminage pour mettre enfin un terme aux morts atroces d’enfants qui sautent encore sur des mines dans les rizières. Depuis le ciel dans la région de Khammouane à 1 100 km de Luang Prabang, les marres artificielles apparaissent à l’écran de la télécommande du minuscule drone que j’ai embarqué dans mon sac à dos. Ces dernières confirment la puissance et l’étendue des impacts des bombes larguées toutes les 8 minutes par les B52 durant la guerre il y a 47 ans. Aujourd’hui encore, dans la vallée de Phanop, au décor féerique avec ses paysages karstiques de forêts de pics calcaire, l’humain a laissé des cicatrices profondes de ses combats idéologiques. A croire que chaque sanctuaire terrestre est systématiquement entaché d’une histoire humaine sombre. En allant visiter la grotte de Thamphanang, je rends hommage aux milliers de Laotiens qui ont tenté de survivre aux bombardements incessants en se cachant dans l’obscurité. Ils ont partagé l’habitat des chauves-souris et araignées dans des conditions à peine respirable sous terre.</p>
<p>Pour les amateurs de sensations fortes, la piste Hô Chi Minh peut encore réserver un exotisme rare avec notamment des segments d’une sauvagerie cycliste exceptionnelle où les pourcentages à deux chiffres se mêlent à des patinoires de boue. La transmission impeccable de la veille peut hurler de douleur le lendemain après seulement 10 km de pistes parcourus. L’épaisse glaise vient alors se déposer sur la chaine pour tenter de l’étrangler. Les pneus abandonnent leur robe noire pour une épaisse fourrure de boue et je suis heureux d’avoir emporté des tongs pour arpenter calmement ces sections. Le vélo se met à chanter ce chant qui inquiète lors des expéditions longue distance : celui des bruits, des craquements, des couinements qui témoignent de l’usure accélérée de chaque composant. Les quelques ruisseaux à franchir à gué ou en pirogues lorsque les ponts ont été emporté par la mousson, sont autant d’opportunités qu’il faut saisir pour nettoyer avec soin son destrier. Un conseil d’ami : observez toujours la méthode employée par les locaux pour traverser les rivières à gué afin de choisir votre trajectoire en mettant les chances de votre côté !</p>
<p>Globalement, ne vous méprenez pas : la piste Hô Chi Minh a bien changé et s’est considérablement améliorée. Avant le départ, j’avais rassemblé des photographies impressionnantes d’époques où l’on pouvait observer les conditions épouvantables que les Laotiens et Vietnamiens ont supporté pour édifier ce réseau au cœur d’une jungle hostile. Secrètement, je rêvais d’une piste en terre aux courbures parfaites et langoureuses avec des relances douces à VTT. Une fois sur le terrain, les quelques tronçons de pistes qui subsistent sont parfois très risqués mais sont à mille lieux de l’époque de la guerre. C’est une question de temps avant que la majorité des axes ne soient totalement asphaltés pour accélérer les flux de transports d’humains et de marchandises. Compte tenu du degré d’engagement de quelques passages, il est heureux que ces derniers soient aujourd’hui aménagés, notamment pour aider les populations à se déplacer au quotidien. Car l’abnégation nécessaire pour vivre dans ce pays est impressionnante. Je n’ai fait que le traverser tel un météore avec un vélo de 15 kg à la meilleure période de l’année, quand durant le conflit, les Laotiens et les Vietnamiens ont eu à pousser des vélos chargés de matériels pesant jusqu’à 300 kg dans des bourbiers phénoménaux.</p>
<p>Malgré ces changements profonds d’infrastructures, le Laos sait encore offrir des ingrédients d’exception pour les voyageurs à vélo. L’accueil de manière générale est empreint de curiosité et de simplicité. Il fait bon de poser le pied à terre chaque soir dans les villages laotiens et de saisir ces instants où les enfants vous courent après pour vous inonder de questions. Plus vous avez de boue sur le vélo, plus les rires sont intenses car ils ne connaissent que trop bien les galères (et les ruisseaux !) que vous avez traversé. L’emblème national, la bière locale « Beer Lao » est absolument partout et détrône pour une fois le Coca-Cola sur les étagères des échoppes. La douceur des fins de journée est d’un goût exquis lorsque je déguste une mousse fraiche, attablé au seul restaurant du village en souriant aux enfants et aux parents. Le miracle du voyage se produit, sans parler un mot de la langue et le lien s’établit pour rapidement trouver une solution de repos pour la nuit. Les locaux discutent, observent, rigolent puis soudain ils passent un coup de fil et vous voici emmené devant l’unique lieu de repos des voyageurs équipé d’un matelas et d’une douche. Le soir, je fais souvent mes réserves de carbohydrates avec le traditionnel riz frit (Khao Phat, prononcé « krao pat ») qui fait s’évanouir tous les défis de la journée en seulement une bouchée. Les délices de l’Asie se dégustent dans sa gastronomie à base de riz et de soupes qui sont le remède parfait pour les cuisses endolories. L’eau n’est jamais réellement un problème car le progrès technique a permis d’apporter une quantité impressionnante de produits alimentaires en tout genre sur le bord des routes et pistes. Avec seulement trois litres de transport journalier sur le vélo, cela me permet de tenir aisément sur des journées de 6 heures d’effort.</p>

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			<blockquote><p>
12 000 hélicoptères
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			<p>Dans le centre du Laos, la chaleur grimpe vite en rejoignant la plaine et l’affluent du Mékong : la Nam Theun où est édifié le plus grand barrage hydroélectrique de l’Asie du Sud-Est construit et géré en partie par EDF. L’ambiance tranche avec les montagnes tant la température est écrasante. J’allume le ventilateur naturel en me mettant dans les prolongateurs sur mon cintre et j’écrase les pédales pour fendre l’air en observant les transformations de territoire qu’implique un tel ouvrage humain. Le cimetière gigantesque des arbres noyés par le réservoir Nam Theun 2 témoigne de la démesure de l’action de la main humaine qui façonne la géographie de ce territoire. Je suis conscient de faire partie et de contribuer à ce paradoxe et fais le choix d’écraser encore plus fort les pédales pour sortir mon esprit de cette réflexion intérieure.</p>
<p>Dans la ville de Ban Dong, à 300 km de la frontière avec le Cambodge et le Vietnam, le musée Lao-Vietnamien de la guerre est une visite incontournable. Il a été inauguré en 2010 pour commémorer la bataille de 1971 qui fut l’un des pivots de la reconquête du territoire par les Nord-Vietnamiens. Une épave d’un hélicoptère américain UH-1 est littéralement cloué au sol à l’entrée du musée, le ton est donné. 12 000 hélicoptères de ce type ont survolé le ciel durant la guerre et je ne peux m’empêcher de m’interroger sur les motifs qui l’ont provoqué. Presque 50 ans plus tard, je me tiens devant les épaves et les cendres de ce conflit alors que des bombes sont larguées au même moment en Ukraine. Aujourd’hui encore, les séquelles des combats le long de la piste Hô Chi Minh sont encore bien visibles. Il reste encore près de 20 ans de travaux de déminage estimés et je croise régulièrement des 4&#215;4 de l’ONG MAG avec le balisage de « déminage en cours ». Il ne fait pas bon de s’aventurer hors des sentiers battus car les risques sont encore malheureusement bien réels.</p>

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			<blockquote><p>
Good morning Vietnam
</p></blockquote>

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			<p>Après 1 500 km, je rejoins la frontière avec le Vietnam qui matérialise la fin de la piste mais pas la fin du voyage. Le retour à la civilisation est brutal car une fois la frontière franchie, le centre Vietnam est en opposition violente avec l’ambiance laotienne. La taille des villes, le trafic intense et la culture de chaque mètre carré de l’espace naturel disponible, forment un contraste énorme avec le caractère préservé du Laos. C’est avec un arrière-goût amer que je progresse en direction d’Hô Chi Minh ville en longeant la frontière avec le Cambodge sur un asphalte presque parfait. Sur les cartes, une fine piste apparaît en parallèle de « l’Hô Chi Minh Highway » et je tente de la suivre. Sur le terrain, en moins de quelques heures je suis rattrapé par un militaire qui me demande calmement de ne pas m’engager davantage sur cet itinéraire. Je serai ensuite escorté puis suivi pendant 3 jours par des Vietnamiens qui me prendront en photo régulièrement comme pour partager, avec je ne sais qui, ma progression. L’œil des militaires est partout et se fait ressentir notamment avec les locaux qui deviennent muets et refermés sur eux-mêmes dès qu’un militaire m’approche. Le message est clair : le pays est ouvert au tourisme mais vous ne pouvez pas circuler où vous voulez. L’expérience urbaine vietnamienne est un mélange de Mad Max et d’impassibilité des usagers de la route où il intéressant de se plonger pour saisir l’énergie des Vietnamiens. Au-delà de mes jugements, je suis stupéfait d’observer le développement économique de ce pays et la pugnacité de ses habitants. Dans les rizières comme sur les marchés, les Vietnamiens travaillent sans relâche pendant que je me rapproche d’Hô Chi Minh plongé sur les prolongateurs.</p>
<p>Avant de rejoindre la statue de l’oncle Hô de la mégalopole et ses 5 millions de scooters, je marque un détour sur les hauts plateaux du centre du pays pour rejoindre Dalat où ma mère est née en pleine guerre d’Indochine. Je respire l’air des hauts plateaux la bouche ouverte et reçoit en guise d’accueil un orage vietnamien d’une violence rare. L’arrivée sur Saïgon exige que j’utilise toutes mes ressources et réflexes acquis au cours de 12 années d’exploration à vélo. Le trafic est erratique, les véhicules en tout genre ruissellent par tous les axes possibles. Un homme marche calmement à contresens sur l’autoroute pendant que des camions dévalent sans freins à 90 kmh dans le fracas de leurs coups de klaxon. Je tente d’anticiper chaque comportement pour placer ma roue sur le fin bandeau d’asphalte de 50 cm de large qui m’est réservé. Comme à chaque fois lorsque le stress des conditions extérieures me plonge dans une transe, j’ai le cœur perché et à 155 pulsations le disque dur de ma mémoire enregistre des photographies cocasses de ces pénétrations urbaines. Elles marquent souvent la fin d’un voyage à vélo et le mal nécessaire par lequel il faut passer pour revenir dans le monde réel en se mêlant à la jungle, humaine cette fois.</p>
<p><em><strong>Récit publié dans le Hors série N°1 &#8211; 2023 du magazine 200</strong></em></p>

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		<title>Le bout du monde au Sri Lanka</title>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Sep 2022 07:46:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'exploration de la perle de l'Océan indien en vélo gravel: le Sri Lanka. Découvrez une trace de 1000km hors du temps.</p>
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			<p style="margin-top: 0px; text-align: center;"><em><a href="https://turbulences.aboshop.fr/cyclist/abonnement-magazine" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Récit prochainement publié dans GRAVEL (Cyclist)</strong></a></em></p>
<p><strong>Photographe: <a href="https://bikingman.com/fr/organisation/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">David Styv</a></strong></p>
<p>En attendant mon récit de voyage qui sera prochainement publié, je vous propose de découvrir les deux épisodes filmés au Sri Lanka que j&rsquo;ai compilé sur deux vidéos YouTube.</p>
<p>Bon visionnage.</p>

		</div>
	</div>
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			<blockquote><p>
Le pays nous embrasse et nous accueille comme des nouveaux-nés cyclistes.
</p></blockquote>

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			<div class="wpb_video_wrapper"><iframe title="1000 kilomètres en gravel au Sri Lanka &#x1f1f1;&#x1f1f0; (2ème partie)" width="1100" height="619" src="https://www.youtube.com/embed/2GLbci7-ijg?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>L&#8217;or blanc</title>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Apr 2022 07:21:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'exploration du nord Chili, du désert de l'Atacama et du paso de Jama en bikepacking à la recherche de l'or blanc.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="vc_row wpb_row vc_row-fluid" ><div class="wpb_column vc_column_container vc_col-sm-12"><div class="vc_column-inner"><div class="wpb_wrapper">
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			<p style="margin-top: 0px; text-align: center;"><em><a href="https://www.200-lemagazine.com" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Récit publié dans le N°32 &#8211; PRINTEMPS 2022 du magazine 200</strong></a></em></p>
<p><strong>Photographe: <a href="https://bikingman.com/fr/organisation/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">David Styv</a></strong></p>
<p>En Amérique du Sud, le Chili long de 4200 kilomètres, regorge de trésors. La zone géographique de l’Atacama, longue de près de 1000 km pour 400 km de large, forme la pointe Nord du pays. Elle est gravée dans ma mémoire comme un lieu magmatique et fascinant que j’ai traversé plusieurs fois. Là-bas, on peut ressentir le bonheur ultime d’avoir l’impression d’être l’un des premiers humains à explorer un territoire à vélo tout en ayant accès à un terrain de jeu spectaculaire pour se tester sur des cols d’altitude sérieux tel que le paso JAMA (4 200m) ou explorer des pistes désertiques. Bien que cette quête soit illusoire, car de nombreux touristes internationaux ont foulé, pédalé et conduit sur les pistes du désert, elle m’a permis de trouver des prétextes pour retourner dans l’Atacama en 2021, accompagné de mon gravel afin d’y passer quelques jours de « repos » avant de m’engager sur la course d’ultracyclisme « Across Andes » dans le Sud du pays.</p>
<p>Le désert d’Atacama est l&rsquo;un des endroits les plus secs de la planète, où certains disent qu&rsquo;il n&rsquo;a pas plu depuis plus de 50 ans. Ce no man&rsquo;s land dispose d’une géographie singulière, coincée entre des paysages immémoriaux bruts et étonnants : la fosse d&rsquo;Atacama dans l&rsquo;est de l&rsquo;océan Pacifique et la majestueuse Cordillère des Andes. C’est un véritable paradis (ou enfer) pour cyclistes où se mélangent volcans culminant à 6 000 m qui gardent la frontière entre le Chili et l’Argentine, lacs écarlates d’altitude, et déserts de sel, qui font l’objet de toutes les convoitises pour leur lithium. Une faune et une flore endémique survivent depuis des millénaires en observant les humains s’agiter. La dimension du désert peut donner le vertige et il est nécessaire de bien organiser sa logistique pour venir à vélo dans ce lieu reculé de l’Amérique du Sud.</p>

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L&rsquo;oasis du désert
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			<p style="margin-top: 0px;">San Pedro de Atacama (2 500 m d’altitude) est un bon camp de base pour partir en migration ultralégère (bikepacking) ou en expédition avec des sacoches car le village est une porte d’entrée et de sortie desservie en bus. Contexte COVID oblige, c’est littéralement une expédition en soi pour rallier San Pedro depuis la capitale du Chili : Santiago. Deux trajets en bus de plus de 20 heures cumulées sont nécessaires et les négociations sont rudes pour pouvoir embarquer mon cheval de fer dans les soutes remplies de bagages et babioles. San Pedro a servi pendant de nombreuses années d&rsquo;abri pour les âmes et les corps des bergers du passé et pour les voyageurs à vélo aventureux d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En arrivant sur place, les voyageurs sont absents, le village est calme, limite « fantomatique ». La majorité des sites touristiques environnants sont fermés au public à cause de la pandémie, à l’exception du « mirador piedra del Coyote » qui surplombe la majestueuse vallée de la Lune. J’en profite pour échanger longuement avec Janet, la propriétaire de « l’hostal Tehuel Aike » qui me partage ses inquiétudes depuis que le COVID a frappé la région.</p>
<p style="margin-top: 0px;">Elle me raconte que le nom « Atacama » provient des Atacameños &#8211; les premiers habitants de cette terre hostile. Au cours des siècles, plusieurs civilisations ont survécu dans la région en exploitant ses ressources (céramique, fer, or, argent&#8230;) et par l’élevage de camélidés. Le calme actuel qui y règne à cause du COVID, tranche avec l’histoire tumultueuse de la zone qui fut l’objet de convoitises intenses et de rivalités territoriales fortes entre Chiliens, Boliviens et Argentins. Aujourd’hui encore, le murmure de ces rivalités bourdonne encore. Le désert n’aurait pas cette puissance symbolique si le calme que l’on y ressent lorsqu’on tente d’arracher quelques kilomètres à vélo dans cette zone, n’était pas brisé par les enjeux miniers qui se jouent dans cette région du monde lorsque l’on discute avec ses autochtones.</p>

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L&rsquo;altitude ou la vie ?
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			<p style="margin-top: 0px;">Depuis ma modeste maison d’hôte, je fais le choix de tenter l’ascension vertigineuse du « Paso Jama » qui s’aborde bien plus sereinement en randonneuse qu’en gravel notamment pour l’autonomie matérielle nécessaire en cas de problèmes. Le COVID a frappé de plein fouet la région et les frontières demeurent fermées. Ce détail complique considérablement toute entreprise d’exploration du col. Jama est un passage frontière qui permet de rallier l’Argentine à l’est de San Pedro. Seul hic : il implique de franchir des altitudes périlleuses (4 836 m pour le point le plus haut) et la distance à parcourir jusqu’à l’Argentine en haute altitude est très importante (160 km). Compte tenu de mon équipement et de ma capacité de chargement limitée sur mon gravel, je planifie de revenir au camp de base de San Pedro le soir pour éviter les situations dangereuses que la haute altitude peut provoquer si je reste perché « dans les nuages » trop longtemps sans matériel. Les ravitaillements sont inexistants jusqu’à la frontière et les lacs d’altitudes impliquent l’usage d’un filtre dont je ne suis pas équipé. Heureusement, la nuit à San Pedro, il est possible de récupérer de ce « stage d’altitude », chaudement installé dans la maison d’hôte de Janet, tandis que la musique des bars encore ouverts, résonne discrètement au loin. En revanche, m’aventurer de nuit dans les environs en haute altitude ne fait pas rêver avec les températures qui s’effondrent vers les – 15 °C.</p>
<p style="margin-top: 0px;">En partant plein Est en direction du « Paso Jama », j’approche du majestueux Licancabur (« montagne du peuple » dans la langue Kunza des Atacameños). C’est le gardien de la région du haut de ses 5 916 m et il agit tel un poumon terrestre dissimulant un réseau souterrain magmatique invisible. Le col de Jama est d’une violence cycliste extrême avec ses 55 km d’ascension « non-stop » qui permettent de passer de 2 500 m d’altitude à 4 800 m. De loin en quittant San Pedro, il m’est impossible de déterminer où se trouve son sommet. Ce territoire est tellement délirant visuellement que l’échelle des choses disparaît. Impossible de réaliser que le Licancabur culmine si haut dans le ciel. Impossible d’imaginer que ce col va nécessiter toutes mes tripes quand je tente son ascension. En réalité, après avoir regardé attentivement les chiffres, il s’agit d’une des ascensions les plus longues du monde car on ne commence réellement à descendre sous les 4 000 m qu’après 225 km parcourus depuis San Pedro ! La tentation de franchir ces paliers d’altitude en une seule journée est grande mais le rappel à l’ordre de mon corps est immédiat. Jusqu’à 4 000 m, tout va bien. Au-delà, par expérience, les ennuis arrivent avec la sensation d’asphyxie que provoque l’altitude. Une respiration profonde est indispensable pour reprendre son souffle. Cette action si simple en apparence : respirer, me fait suffoquer là-haut. J’ai passé plusieurs semaines dans ma vie en haute altitude, mais rien n’y fait, le corps hurle quand même à chaque fois. Avec 40% d’oxygène en moins par rapport au niveau de la mer, mon corps fait sauter tous les plombs comme à l’accoutumée : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, tout semble s’évanouir. A 140 pulsations par minute, mon capteur de puissance indique un chiffre dérisoire. L’effort ressenti à vélo ressemble à un sprint, pourtant je grimpe à 6 km/h, debout sur les pédales. C’est dans ces conditions que la magie de l’altitude opère. Je m’asphyxie pendant de longues minutes en attendant que le corps et l’esprit se calibrent. Tels des pendules asynchrones d’une même horloge, lentement ils ralentissent, leurs rythmes s’évanouissent progressivement. Puis un miracle se produit : corps et esprit renaissent de concert. L’eau est un ingrédient essentiel en altitude qui peut trahir même les personnes les plus expérimentées. La sensation de soif disparaît tout simplement. Je force donc l’absorption de quelques gouttes du précieux liquide en programmant une alarme dans mon GPS qui me rappelle de boire régulièrement. Le lac de « Aguas calientes » (les eaux chaudes) perché à 4 240 m est le point le plus à l’est que je parviens à rallier avant de rebrousser chemin vers « la plaine » jusqu’à San Pedro.</p>
<p style="margin-top: 0px;">J’aime m’essouffler et m’épuiser dans les pays à l’oxygène rare, la vie n’est que plus belle quand on redescend dans les plaines pour reprendre son souffle. L’apnée volontaire qu’implique la pratique de la haute altitude à vélo est une expérience en soi. Elle vient ajouter un sentiment particulier qui vient balayer tous les repères habituels du cycliste. La distance, le dénivelé total ne comptent plus. Gravir lentement, tel un pèlerin durant une procession, une montagne en altitude, est un défi inouï. Quelle que soit sa condition physique, la montagne seule, fait le choix de nous laisser la dompter ou pas. Le « mal aigu des montagnes » (MAL) peut frapper à tout moment et imposer une redescente dans la plaine pour récupérer des forces. Une vie humaine c’est environ 775 millions de respirations. En haute altitude à vélo, on apprend à les compter une à une et à les chérir comme s’il s’agissait des dernières. Le col de JAMA me rappelle ceci : j’aime cette incertitude, cette possibilité que peut-être, le sommet ne sera pas pour aujourd’hui. Cela replace l’Homme dans le rapport de forces qui se doit d’exister pour respecter l’ordre des choses entre la Nature et lui-même. L’humain est de passage, la Nature est une sauvage immortelle.</p>

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Le lithium de l&rsquo;Atacama
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			<p>Après avoir récupéré mon souffle (et mes jambes), je tente de mieux comprendre avec Janet, mon hôte, l’histoire du Salar d’Atacama, pour tenter de le traverser à vélo. C’est le désert de sel le plus grand du pays. Il fait partie du « triangle du lithium » dans lequel se concentrent plus de 20% des ressources planétaires actuellement découvertes. A titre d’information, une voiture « Tesla », c’est 10 000 téléphones portables, et leur carburant vient pour partie de la région de l’Atacama. Le précieux « or blanc » est sur toutes les lèvres dans le Nord Chili, on le lit sur des tags sur les poteaux électriques, sur des pancartes de propagande à l’entrée de San Pedro ou dans les bars. En quelques minutes de conversation, Janet m’apprend que les mines de l’Atacama sont gérées principalement par les sociétés SQM et Albertmarle, les deux géants mondiaux qui se partagent le lithium de notre planète.</p>
<p>Je m’élance en gravel pour tenter de traverser le désert de sel situé à une quarantaine de kilomètres de San Pedro. Rien à voir avec l’image stéréotypée des étendues blanches de carte postale qui représentent généralement le Salar d’Uyuni en Bolivie. Le salar d’Atacama (300 000 ha) est trois fois plus petit que son frère bolivien. Le lieu est nettement moins touristique et rares sont les individus qui peuvent pénétrer facilement dans le désert. Les pistes sont cabossées et même en 4&#215;4, la croûte solide de sel à sa surface peut annihiler la volonté de n’importe quel conducteur qui ne connaît pas les lieux. Mon gravel se dandine dans les ornières de sable, il fait 47°C au soleil sans un arbre à l’horizon. Le pédalier craque, les pneus jubilent, cette folie laissera des traces inoubliables pour les moyeux de mes roues. Le sable forme une douve naturelle à franchir pour rejoindre la forteresse des mines que j’aperçois au loin tels des mirages qui vacillent avec la réfraction de la lumière à l’horizon.</p>
<p>Singularité propre au salar de l’Atacama, quelques rares espèces végétales survivent dans cet univers apocalyptique. En pédalant, je me croirai presque en Camargue avec des champs de sansouïres. Le paysage est figé, quelle que soit la vitesse atteinte. Je pédale comme un dératé et rien ne bouge. J’observe les montagnes, les volcans, les coulées tout autour de moi qui ressemblent à des strates de la croûte terrestre à vif. L’activité sismique a débuté il y a 10 millions d’années dans la zone et le tableau naturel est saisissant par sa magnitude. Le sel du salar est intimement connecté aux volcans voisins. En période de pluie, les sommets enneigés de la chaine andine font s’infiltrer puis ruisseler en souterrain de l’eau qui se charge alors en sel. Le salar qui fait office de « réservoir » fait remonter par un phénomène d’affleurement l’eau qui s’évapore et laisse les sels minéraux s’accumuler en croûte à sa surface.</p>
<p>Un panneau d’interdiction vient bloquer la seule piste pour traverser le salar en direction des mines. Aucune alternative n’existe à part celle de pousser mon vélo dans le sable pendant 70 kilomètres pour les rallier. Comme tout or, l’exploitation de « l’or blanc » est bien protégée. Malgré mes sollicitations pour satisfaire ma curiosité, SQM refuse mon approche du désert à vélo et je préfère rebrousser chemin. Les infrastructures changent, d’ici 4 ans une autoroute devrait remplacer la piste sur laquelle je pédale et permettre de connecter le désert à la ville portuaire d’Antofagasta sur la côte ouest du pays afin d’accélérer l’exploitation des minerais de la région. L’asphalte a remplacé les pistes sur lesquelles j’avais pédalé il y a quelques années. Le même destin attend la piste qui longe le salar d’Atacama sur laquelle je pédale aujourd’hui. L’humain continue de construire ses forteresses dans la région avec l’aide massive des capitaux chinois pour vider les sols de leur substance et assécher les rares ressources aquatiques de la région. Ce nouveau pétrole régional, le lithium, fait tourner les têtes et je prends conscience de la chance que j’ai de revenir depuis quelques années poser mes roues ici pour aller m’asphyxier dans les hauteurs avant que ne vrombissent les machines qui asphaltent le secteur à tout va.</p>
<p>Le condor fait des cercles au-dessus de ces bandes noires d’asphaltes que l’homme tatoue sur le sol sans que ce dernier ne se rende compte du corps herculéen sur lequel il applique son aiguille. Car s’il y a bien un lieu sur la planète où l’écho de la puissance terrestre peut être écouté, c’est bien l’Atacama. Au moment où j’écris ces lignes, les frontières humaines terrestres demeurent fermées avec la Bolivie et l’Argentine. Le commerce régional des produits et babioles, lui, est ouvert. Les routiers que je croise à vélo durant mes quelques jours passés dans l’Atacama me saluent d’un coup de klaxon ou d’un signe de la main. Comme moi, ils sont bloqués à la frontière où ils déposent leurs marchandises qui sont ensuite récupérées par un autre routier argentin afin d’être convoyées à bon port.</p>
<p>La note positive de ces restrictions imposées par le contexte COVID : elles me donnent un prétexte futur de revenir encore car je rêve de pouvoir connecter le Chili et l’Argentine sur les 5 308 km de leur frontière. Chaque passage frontalier de la cordillère des Andes entre ces deux pays est, paraît-il, somptueux. Au rythme où vont les choses, il me faudra sans doute toute une vie pour réussir cette entreprise. Espérons simplement que l’homme n’aura pas tout asphalté d’ici là ou pire, tout interdit.</p>
<p style="text-align: center;"><em><strong>Récit publié dans le N°32 &#8211; PRINTEMPS 2022 du magazine 200</strong></em></p>

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		<title>La baguette magique</title>
		<link>https://axelcarion.com/la-baguette-magique/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Mar 2021 08:11:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Partir à l'aventure, au beau milieu du couvre-feu en France pour solliciter la bienveillance des françaises et des français. Voici quelques lignes sur la belle évasion...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="vc_row wpb_row vc_row-fluid" ><div class="wpb_column vc_column_container vc_col-sm-12"><div class="vc_column-inner"><div class="wpb_wrapper">
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			<p style="margin-top: 0px;">Le couvre-feu s&rsquo;est installé dans nos vies, presque sans prévenir. Il vient changer les règles, bousculer le quotidien mais surtout il tente de restreindre la perspective en nous immobilisant dans une guerre contre un ennemi invisible. La belle évasion est un pied de nez insignifiant, une pichenette que je souhaite envoyer au visage d&rsquo;un système que je conteste furieusement et qui force l&rsquo;ensemble d&rsquo;une population à l&rsquo;isolement sans se poser de questions. Chaque jour depuis cette folie du premier confinement, quelques humains nous ordonnent de respecter la règle, de s&rsquo;isoler, de s&rsquo;enfermer, de se barricader chez soi pour fuir l&rsquo;autre. Éloignons-nous les uns des autres, pour mieux se connecter derrières des écrans ? Vaste débat mais qui mérite de s’interroger. Je dois en avoir le cœur net en secouant les « followers » qui me suivent pour m&rsquo;assurer que je ne vis pas un cauchemar. Cet enfer d’un monde où nous préférerions vivre enfermés derrière des écrans de fumée plutôt que de tenter de célébrer la vie en nous rassemblant l&rsquo;espace d&rsquo;un instant autour de causes futiles comme celles de pédaler sur un vélo.</p>

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	</div>
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			<blockquote><p>
Nos vélos « de sport » gravel pèsent à peine 22 kilos
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			<p style="margin-top: 0px;">Il fait encore nuit à 5h30, les températures fraiches de février se font sentir. Les centrales nucléaires font scintiller de mille feux le bord de mer Cannois alors que nous glissons en roue libre, avec Cédric, vers le ponton surplombant la Méditerranée. Chargés à bloc avec nos vélos « gravel », je rie en repensant aux années où je voyageais avec une randonneuse, ce vélo qui fait 17,5 kilos nu et sans sacoches. Nos vélos « de sport » gravel pèsent à peine 22 kilos avec tout notre barda (chambre à coucher, cuisine et dressing). Moins de poids, des expéditions plus courtes, moins d&rsquo;engagement physique, est-ce la rançon de la vieillesse ? Je ressens déjà l&rsquo;excitation des grands départs et ce courant singulier qui m&rsquo;électrise le corps et fait danser mon âme dès les premiers coups de pédale. Partir à l&rsquo;aventure, foncer dans le brouillard de l&rsquo;imprévu, vivre libre encore pour quelques jours est la seule drogue dure de l&rsquo;existence qui mérite des seringues de rappel pour fuir le sevrage de l&rsquo;immobilisme. Partir, c’est avoir la sensation d’être à la source de toute chose. Comme si le mouvement était un artefact de langage du corps, à la disposition de tous, pour sentir la vibration du vivant autour de nous.</p>

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	</div>
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			<blockquote><p>
Goûter le temps long m’avait manqué
</p></blockquote>

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			<p style="margin-top: 0px;">3121 kilomètres se dressent devant nous pour tracer les contours d’un territoire que je connais si peu. L’objectif de cette évasion : partir à la rencontre des autres et solliciter leur hospitalité le temps d’une nuit. D’un point de vue plus personnel, c’est l’occasion de tester la solidité du lien d’amitié que j’ai tissé avec Cédric Ferreira, journaliste fringant qui a suivi pendant des heures les aventurières et aventuriers du BikingMan en les filmant caméra au poing. Cette fois, il a accepté de « monter sur la scène » et de se lancer à corps perdu dans l’aventure. Sa décision est le témoignage de son amitié profonde, celle qui forge la confiance aveugle et mutuelle nécessaire pour prendre des risques.<br />
Goûter le temps long m’avait manqué. Les cheveux ont poussé depuis 2020, je les sens presque battre au rythme des bourrasques du vent. Nous fonçons avec la vigueur habituelle des départs vers la barrière naturelle des Préalpes d’azur. S’arracher du sol avec un vélo chargé n’est pas chose aisée. Franchir le col de l’Ecre qui surplombe le village de Gourdon l’est encore moins. Nous sommes accompagnés par Jordan, 29 ans, et aventurier en herbe qui a vu son tour du monde reporté sine die à cause de la crise COVID-19. Il est plein de fougue alors que nous grimpons à l’unisson vers notre premier ravitaillement de la Belle Évasion à la boulangerie « les délices de Caussols ». Les boulangers sont des maçons du cœur, ils maintiennent en vie une tradition française qui prend toute sa prépondérance avec le vélo. Véritable station-service du cycliste, la boulangerie est une baguette magique française qu’il convient de protéger à tout prix, alors que tout file en Orient. Perdra-t-on un jour le savoir-faire du croissant et du pain ? J’aime à imaginer que non en faisant honneur, à chaque opportunité que la vie me présente, aux boulangeries françaises. Je caresse les pédales sur la route Napoléon pour garder en vue dans le rétroviseur l’ami Cédric qui prend ses marques sur son premier grand voyage à vélo. S’élancer sur plus de 3000 km à vélo sans jour de repos et avec comme seule base, celle d’avoir un jour pédalé 350 km sur deux jours est une très grande marche physique et mentale. Cédric me replonge dans mes premiers amours avec la bicyclette, 10 ans en arrière quand j’avais pris la même décision insensée de tenter de parcourir 1200 km avec une randonneuse chargée de 45 kg !<br />
La bonne humeur de l’équipier reste au beau fixe toute la journée sous un ciel azur immaculé. La côte d’azur nous dit au revoir de la plus belle manière qui soit, un baiser d’adieu que je connais si bien qui ne laisse présager la perturbation dans laquelle nous fonçons tête baissée.</p>

		</div>
	</div>
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		<title>La Belle Evasion</title>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Feb 2021 11:08:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Belle Évasion, première grande folie de 2021: partir à vélo traverser les 12 régions métropolitaines françaises et dormir chez l'habitant !</p>
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			<p style="margin-top: 0px;">Enfin ! Enfin après des mois d&rsquo;attente, d&rsquo;impatience croissante, de fourmillements envahissants symptomatiques de jambes en manque d&rsquo;évasion, il est enfin temps de se lancer dans une nouvelle aventure, une Belle Evasion justement.<br />
Pour s&rsquo;évader de ces derniers mois moroses et revenir à l&rsquo;essence de cette passion qui nous anime: prendre le vélo avec un objectif, ou plutôt une ligne directrice, redécouvrir notre bon vieux pays et en profiter pour en extraire de cette chaleur humaine que l&rsquo;on sait présente, prête à exploser à la moindre sollicitation. Et vous nous l&rsquo;avez déjà largement prouvé en étant des centaines à proposer de nous héberger et en soutenant ce projet. Alors un énorme merci à vous tous.</p>

		</div>
	</div>
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			<blockquote><p>
Maitre des lieux?
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			<p style="margin-top: 0px;">Nous avons beau être en terrain connu, voire familier, cela n&rsquo;en reste pas moins un sacré défi à l&rsquo;heure actuelle, obligation de trouver refuge chaque jour avant un couvre-feu imposé, des conditions météo dantesques et extrêmement changeantes pour les prochaines semaines, nous imposant une charge supplémentaire sur le vélo pour résister à ce climat épique et bien entendu les plus de 3000 km au programme pour cette traversée de 12 de nos régions. Nul doute que ces prochaines semaines vont être riches de moments mémorables.</p>
<p><a href="https://bit.ly/LaBelleEvasion" target="_blank" rel="noopener noreferrer">SUIVRE notre progression: cliquez</a></p>

		</div>
	</div>
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			<blockquote><p>
C&rsquo;est parti !
</p></blockquote>

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			<p style="margin-top: 0px;">A 6h ce matin nous avons donné nos premiers tours de pédales, direction le Nord et la montagne. Nous vous donnons rendez-vous sur la route et sur nos pages pour vous tenir informé de notre avancée.<br />
D&rsquo;ici là, n&rsquo;hésitez pas à jeter un oeil à notre vidéo de présentation ci-dessous pour voir comment nous nous sommes préparés.</p>

		</div>
	</div>
</div></div></div></div><div class="vc_row wpb_row vc_row-fluid vc_custom_1523953594840" ><div class="wpb_column vc_column_container vc_col-sm-12"><div class="vc_column-inner"><div class="wpb_wrapper"><div class="edgtf-video-button-holder  edgtf-vb-has-img">
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		<title>Les larmes d&#8217;Arabie</title>
		<link>https://axelcarion.com/les-larmes-darabie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Mar 2020 15:53:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'ancien chemin des caravaniers, la route des rois, la Jordanie...Un rêve de gosse de poser mes roues au coeur de ce territoire mythique.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="vc_row wpb_row vc_row-fluid" ><div class="wpb_column vc_column_container vc_col-sm-12"><div class="vc_column-inner"><div class="wpb_wrapper">
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			<p><a href="https://axelcarion.com/2020/02/11/le-jordan-bike-trail/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Récit de ma traversée de la Jordanie en Février 2020.</a></p>
<p><strong>Photographe: <a href="https://www.instagram.com/styvdavid/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">David Styv</a></strong></p>
<p>Amman, capitale de la Jordanie, il fait 5°C. Il y a une certaine magie à se retrouver dans un endroit mythique au pire moment de l’année. Le mois de février pour explorer en gravel bike le territoire central de « Décapole » n’est pas une bonne idée. Les grecs et les macédoniens qui ont rassemblé ces dix villes mythiques à l’est du Jourdain dont Amman fait partie, m’auraient certainement averti avant de m’engager sur les pistes.</p>
<p>J’ai longtemps imaginé l’expérience de parcourir la Jordanie à vélo, ce pays à la géologie si particulière, épicentre d’une région de conflit des Hommes depuis des millénaires où il est possible de pédaler sur le point le plus bas de la Terre. Les voisins effraient l’occidental que je suis : Irak, Syrie, Israël et l’Arabie Saoudite. L’Histoire en revanche titille mon instinct d’explorateur avec des noms tels que : le croissant fertile, Alexandre le Grand, l’empire grec.</p>
<p>L’approche de la terre promise ne se fait pas sans efforts et sans risques. Peu d’efforts en revanche ont été nécessaires pour convaincre mon compagnon de route inca : Jonas Deichmann. Sur le papier, l’expédition est idyllique : traverser la Jordanie, ses sites archéologiques, son histoire, en suivant l’ancien chemin des caravaniers du Nord au Sud. Le « Jordan Bike Trail » est un émule cycliste du « Jordan Trail », un sentier de grande randonnée créé en 2015 et qui traverse du Nord au Sud le pays. Depuis les villes frontalières d’Umm-Qais (Nord) et Aqaba (Sud), les 730 kilomètres et quelques 20,000 mètres de dénivelé positif ne parviennent pas à fragiliser nos égos respectifs avec Jonas. Le sang inca qui coule dans nos veines depuis notre <a href="https://axelcarion.com/2020/01/21/juste-sous-la-lune/" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>dernière expédition au Pérou</strong></a> trahit nos réflexes et nous aveugle dans un excès de confiance : l’objectif est fixé à 72 heures pour rallier Aqaba ! Il faut en moyenne 12 à 20 jours pour traverser la Jordanie en suivant la trace fournie par le site <a href="https://jordanbiketrail.com" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Jordanbiketrail.com</a>, site d’informations à la manœuvre pour promouvoir ce parcours cycliste.</p>
<p>Sur Umm-Qais, à 10 kilomètres au Nord de notre position : la frontière syrienne. J’aperçois le « checkpoint » de contrôle policier depuis la guest house où nous logeons. Il ferait presque oublier les évènements tragiques syriens : guirlandes, lumières vives et calme olympien règnent. De l’autre côté de la barrière humaine : le chaos. A l’ouest : Israël, ou la Palestine ou les deux pour ne vexer personne. Depuis la cité en ruine de Gadara, la géopolitique de la région se résume par un bandeau de lumières au sommet d’une montagne. Ahmad, notre guide sur place nous charge les sacoches d’histoire et nous explique la position stratégique d’Umm-Qais : ce village aurait été l’endroit où l’Homme aurait inventé la notion de « frontière » pour la première fois. Aujourd’hui les écrans de smartphone nous séparent les uns des autres, hier des postes frontières, un éternel recommencement.</p>

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L’eau devient un virus, elle se répand sur chaque parcelle de nos vêtements et finit par nous tremper jusqu’aux os.
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			<p style="margin-top: 0px;">Réveil 4h30 pour un décollage à 5h30. Dehors il gèle, les journées sont courtes et le soleil se lève tard. Jonas se souvient de notre échappée andine et souffre déjà mentalement du froid en prenant plus de temps que de coutume pour se préparer. Le thé chaud n’aide pas, nos poumons, les hauts fourneaux, tardent à se mettre en route. Les premiers tours de roue sont douloureux, un froid pénétrant et vif nous fouette le visage. Je porte tout mon équipement, 4 couches, une doudoune et des gants en néoprène. La première descente depuis Umm-Qais présage de la topographie à venir, je suis debout sur les freins et slalome entre les pierres et les trous de l’asphalte usé à la corde. Le GPS annonce 57 ascensions sur le parcours, soit un col tous les 12 kilomètres ! Je ne préfère pas y penser et m’évade en observant les plantations d’oliviers sur des collines verdoyantes, les innombrables têtes de bétail qui broutent patiemment pendant que nos cuisses se réchauffent lentement. Je rêve d’apercevoir un buisson ardent et me laisse surprendre par l’écho spirituel des lieux.</p>
<p>1er objectif depuis notre départ à quelques kilomètres du Lac de Tibériade : rejoindre les montagnes qui surplombent la mer Morte et surtout le Mont Nébo d’où Moïse aurait observé la Terre promise. 235 kilomètres et 7,500 mètres de dénivelé nous séparent de ce point haut, une formalité, enfin sur le papier. A 16h00, je comprends que l’objectif matinal nous échappe déjà. Nous entrons sur une portion du sentier de grande randonnée, forcés à des sessions de portage au-dessus d’ornières profondes de 60 centimètres. La pluie mutante des montagnes est traitresse. Elle creuse la terre et forme des crevasses infranchissables avec nos vélos gravel à pneus larges. La boue qui s’accumule dangereusement sur nos pneus lisses m’inquiète, dès le moindre doute je pose le pied à terre et porte ma croix : un vélo de 12 kg. Erreur fondamentale amusante, nous sommes équipés avec Jonas de chaussures de coursiers avec semelles en carbone qui nous transforment en patineurs artistiques sur les rochers qui parsèment le sentier de randonnée. Le 4&#215;4 média, malgré sa garde au sol, se retrouve prisonnier. L’éternel Didier aux commandes (1 million de kilomètres à son actif sur les territoires les plus fous du globe) est forcé de porter pierres et branches pour libérer le véhicule avec l’équipe de photographe/réalisateurs pour qui l’aventure commence à ce point précis.</p>
<p>14h30 à pédaler et quelques heures de portage, le bilan est sans appel : nous avons parcouru seulement 153 kilomètres et gravi 5000 mètres, soit à peine un quart de notre chemin de croix. Sur la carte, le Jordan Bike Trail est une succession de zig-zag d’est en ouest entre le désert d’Arabie et la vallée du Jourdain. La route des rois (autoroute asphaltée) qui traverse la Jordanie du Nord au Sud n’est qu’un rêve que nous caressons avec nos roues que trop rarement chaque jour avant de nous replonger vers des transversales infernales. Mon GPS me nargue en affichant la prochaine ascension avec différentes couleurs correspondantes aux pourcentages à venir : vert (&lt;3%), jaune (3 à 6%), orange (6 à 9%), rouge (9 à 12%), marron (&gt;12%). Sur les 57 ascensions, le marron est partout. Je laisse éclater des fous rires enragés lorsque je parviens à lire 22% sur le compteur, ma limite qui impose de poser le pied à terre. 38 dents à l’avant et 50 sur la cassette arrière ne suffiront pas, je laisserai souvent mon égo au placard pour accepter de marcher.</p>
<p>Je repense aux heures paisibles passées à étudier les cartes et le profil du parcours. Sur le terrain, la dure réalité des expéditions prend le dessus. Le corps hurle au scandale sur chaque ascension, les genoux couinent, les articulations grincent. Jonas, si calme et si « germanique » dans sa posture sort de ses gonds en vociférant des adjectifs peu aimables à l’attention du créateur du parcours. La pluie fine mais permanente nous ponce l’esprit et le manque d’équipements me force à un exercice de style : porter des sacs plastiques autour des chaussures pour éviter les pieds trempés. L’accoutrement fait rire les Jordaniens qui nous observent tels deux pèlerins en perdition. Dans toute l’obscurité de notre adversité, une lueur : la générosité des Jordaniens. Impossible de dépenser nos dinars : eau, nourritures, nous sommes chaleureusement invités sur le chemin. Chaque arrêt minute dans une échoppe est une occasion de s’émerveiller de la générosité de ce peuple attachant. L’appel à la prière d’Al-asr (3ème prière de la journée sur les cinq de l’Islam) marque le début de l’obscurité dans laquelle nous sommes plongés à partir de 17h00 et nous subissons toujours les trombes d’eau du ciel. Impossible d’éponger les verres photochromiques de nos lunettes.</p>
<p>L’eau devient un virus, elle se répand sur chaque parcelle de nos vêtements et finit par nous tremper jusqu’aux os. Les lèvres violettes, je serre les dents et prie intérieurement pour repousser le moment des premiers frissons sur le haut de mes épaules. Si le corps frissonne et commence à trembler, c’est le signe qu’il sera nécessaire de trouver un abri et de stopper notre progression pour se réchauffer et éviter l’hypothermie. Vers 22h00, dans un village sans nom à proximité de Salt, nous trouvons refuge dans un restaurant pour dévorer notre 6ème wrap de falafel de la journée. Pois chiche, lentilles, frites, galettes et café sont notre pain quotidien. Nos corps et nos hardes suintent la transpiration et l’humidité, le moral est à 0. Après quelques minutes d’échange avec le propriétaire sur notre objectif (Aqaba), il nous propose de nous reposer dans le garage voisin. Comble de la bonté, il nous apporte un thé brûlant et un chauffage électrique pour sécher notre matériel. Nous volons trois heures de sommeil à dormir sur des cartons de fortune, sous l’éclairage bienveillant du convecteur électrique.</p>
<p>A 2h00 du matin, la pluie n’a pas cessé mais nous repartons le cœur vaillant. Hasard ou coïncidence, à quelques kilomètres de notre aire de repos, nous rejoignons un autre tronçon du sentier de grande randonnée. D’un chemin en terre entouré d’herbes hautes où nous progressons avec agilité, nous arrivons rapidement sur une corniche large de quelques centimètres pour randonneur. Le péril de la chute est permanent. Tels des buffles qui labourent un champ, nous refusons de nous écarter de la « trace » officielle du parcours. Jonas tente de me convaincre d’une erreur d’itinéraire pour faire machine arrière. La cascade et la rivière qui se dressent devant nous rendent impossible toute progression à vélo. Option 1 : escalader une paroi verticale de 6 mètres de haut à notre gauche, sans garantie de pouvoir franchir le gué. Option 2 : traverser de nuit le gué sans pouvoir mesurer sa profondeur et risquer d’être emporté par le courant. Option 3 : sauter sur un arbuste échoué sur le rivage opposé et espérer qu’il soit solidement ancré au sol ! L’option 3 est retenue et je jette les vélos à Jonas qui se tient sur l’autre rive. Nous terminons l’acrobatie par le franchissement d’une digue de plusieurs mètres où l’escalade est la seule option. Je découvre ce jour-là le cyclisme acrobatique. Trempés, fatigués de cette session de voltiges, nous découvrons avec stupeur, à une centaine de mètre de là, une route parfaitement asphaltée qui permettait de contourner cette portion périlleuse.</p>

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Aller vite pour franchir les obstacles avec agilité, le choix délicat de l’ultra
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			<p>Je comprends à ce moment-là que le créateur de cette trace est un esprit torturé et qu’il faut se préparer au pire pour la suite. Je souris en regardant le compteur affiché un misérable 166 km. Plus que 574 kilomètres devant nous ! A 7h00, l’hypothermie guette. Nos corps tremblent avec violence et nous transformons le premier café ouvert d’une station-service en hammam pour cyclistes. Un poêle à gaz peine à faire sécher nos chaussettes et nous parvenons difficilement à nous alimenter. Moins d’une heure après, nous partons à contrecœur sous une pluie torrentielle qui termine de limer notre détermination. Une fois trempé jusqu’à l’os pour la troisième fois depuis le départ de l’expédition, nous titubons vers notre prochaine oasis : la mairie de Salt, capitale de la province de Balqa. En demandant mon chemin, un homme souriant m’apporte un thé chaud et un siège pour m’asseoir à proximité d’un chauffage au gaz surpuissant. Coup d’œil rapide dans le rétro, mon acolyte souffre autant que moi. Nous regardons l’évolution des désirs de Zeus, de Dieu ou d’Allah, ils annoncent tous sur notre application météo mobile l’accalmie à partir de 11h00. L’attraction est immédiate dans la mairie et en l’espace de 5 minutes, nous sommes entourés de femmes et d’hommes qui nous inondent de questions dans un anglais correct, stupéfaits de nous voir pédaler en Jordanie à cette période.</p>
<p>Le soleil jordanien sort enfin et nous pouvons « appuyer » avec Jonas pour rattraper le temps perdu par excès de prudence sur les pistes humides. La suite du parcours est démoniaque avec un enchainement de « patates » jusqu’à 30%. Jonas m’avoue ne jamais avoir autant marché à vélo. Venant d’un ultracycliste ayant traversé 4 continents à bécane, je prends ceci comme une virile déclaration d’amitié. Le trail est vertical dans les descentes, parfois technique, et à la moindre erreur c’est la chute. Notre configuration gravel est plus agressive que dans les Andes, nos pneus plus fins, nous sommes partis « ultralégers » pour garantir une progression rapide aux dépens des soucis mécaniques que nous pourrions rencontrer. Aller vite pour franchir les obstacles avec agilité, le choix délicat de l’ultra. En fin de journée, nous sommes démembrés, nos membres fument avec un compteur affichant 246 km et 8000m de d+. De nuit, à la lueur de nos frontales, j’aperçois un camp de bédouins. Le crépitement singulier de nos roues attire leur curiosité et nous sommes invités sur le champ à boire le thé au coin d’un feu. La tasse brûlante dans les mains, j’observe les yeux généreux de mes hôtes, 4 hommes avec qui il est impossible de communiquer autrement que par les signes et les regards. Le vent a chassé les nuages, 1001 étoiles scintillent alors que Mohammed chante sa prière de « L’icha » (prière du soir), je laisse mes yeux se fermer en observant la danse des flammes et les cendres virevolter dans l’air comme pour célébrer cette rencontre providentielle. Le réveil à 2 heures du matin sonne, aucun de nos hôtes n’ouvre l’œil et nous partons avec Jonas dans la nuit avec l’odeur du thé à la menthe encore dans les narines et heureux d’avoir partagé quelques minutes de paix avec nos hôtes. L’histoire des caravaniers se répète : circuler de villages en villages en quête de vivres et de rencontres fortuites, mais cette fois le dromadaire est en carbone.</p>
<p>Les franchissements de Wadis (cours d’eau) se font de plus en plus engagés et le véhicule média est contraint de faire plusieurs détours de centaines de kilomètres pour nous rejoindre. Nous surplombons la mer Morte, le point le plus bas du globe. Je n’aurai jamais cru y rencontrer les pourcentages les plus verticaux de mon expérience de cycliste. Les wadis qui connectent les montagnes du centre du pays à la vallée du Jourdain font office de « toboggans » géologiques vertigineux que nous parcourons en criant notre joie dans les descentes et en hurlant notre rage dans les montées. En s’arrêtant au sommet d’une vallée, nous observons déconcertés notre future descente puis la remontée obligatoire sur le versant d’en face que nous devrons affronter. Ces formations géologiques où l’Homme est venu maladroitement coller de l’asphalte sont des montagnes russes naturelles effrayantes. La Jordanie est au point précis de jonction des plaques tectoniques eurasienne, africaine et indienne ayant donné naissance il y a des millions d’années à la plus grosse fracture de l’écorce terrestre avec la mer Morte comme point central de cette grande dépression. Impossible d’échapper à l’histoire géologique du lieu tant le relief est accidenté. Chaque aperçu de la mer Morte me donne des sueurs : est-ce une source d’eau salée, un volcan éteint, un trou noir infernal autour duquel nous zigzaguons ? Les reflets du soleil m’aveuglent et je laisse parfois mon esprit délirer.</p>
<p>L’un des points d’orgue visuel du parcours : le Wadi Mujib, un canyon spectaculaire et grandiose. Je « déroule » les jambes et attaque dans les descentes. Rapidement je distance Jonas qui fait preuve d’une éternelle prudence sur les pistes. A l’approche du cours d’eau qui marque la fin de la descente au fond du canyon, une ornière de sable invisible punie mon imprudence et je chute à pleine vitesse au milieu d’un cimetières de rochers. Mauvaise nouvelle, la chute sur le côté droit envoie mon dérailleur dans la roue et tord violemment la seule pièce qu’il ne faut jamais casser lors d’une expédition aux confins du monde : la patte aluminium qui maintient le dérailleur au cadre du vélo. En me relevant, encore sonné par la chute, mon sang se glace en observant le dérailleur tordu dans les rayons et j’imagine déjà annoncer à Jonas la fin de l’expédition. Je suis athée, mais la symbolique des lieux m’oblige à croire à une force supérieure, impossible d’abandonner dans ce canyon. Je réussis à redresser miraculeusement mon dérailleur pendant que Jonas fait un état des lieux de ma chute, je ne suis miraculeusement pas blessé. Les rochers sont nos témoins et nous laissent repartir. Au fond du canyon, la rivière Anon qui alimente la mer Morte, se dresse devant nous. Seule option possible, déchausser, porter, traverser pour rejoindre l’autre rive. Je ressens des douleurs insoutenables dans les avant-bras depuis plusieurs heures. Je découvrirai 2 semaines après l’expédition que la verticalité du parcours aurait provoqué la formation de deux œdèmes à cause d’une surtension des muscles des avant-bras et une circulation sanguine irrégulière.</p>
<p>De l’autre côté de la rivière, nous perdons des minutes précieuses à identifier la trace pour rejoindre la piste dans des palmeraies profondes entourées de falaises verticales. Le chemin de croix est interminable. Chaque obstacle devant nous en dissimule un plus grand. L’arrivée à 22h00 dans le village de Karak est une ultime plaie sur nos corps meurtris : une rampe de 500 mètres à plus de 30% où le moindre regard en arrière peut vous faire dévaler la pente jusqu’au ruisseau en contrebas. Nos corps encore fumants, nous arrivons à l’hôtel et pour la première fois nous volons quelques heures à la nuit dans un lit gelé, heureux d’avoir survécu à ce troisième jour biblique.</p>

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471 km – 14 000m de d+
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			<p>La vallée de Dana en vue, le Jordan Bike Trail nous jette sur un « single-track » et des pierriers périlleux pour rejoindre la cité historique. Seule récompense, une vue épique sur Dana et les roches escarpées violettes environnantes. Il est trop tôt pour s’arrêter alors que la ville mythique de Petra est proche. Le plus haut col de Jordanie nous fait face avec une ascension à 1700m. A 23h00 au sommet, nous sommes accueillis par la neige, un froid glacial et un vent en rafales à plus de 60kmh. Le claquement du vent dans les oreilles, je repense à Job, à la Bible et délire face aux conditions inédites que nous traversons. Jonas espérait une expédition « reposante », je termine de sceller notre amitié dans cette ascension. L’arrivée nocturne sur Petra est bien loin de mon imagination, la cité est située au cœur d’une cuvette, les dortoirs pour touristes à proximité ont tous des rampes d’accès de 20%, parfait pour rassembler une pointe d’acide lactique pour nos quelques heures de sommeil. Au lever du soleil, nous avons le privilège de pénétrer au cœur d’une des 7 nouvelles merveilles du monde : la cité antique de Petra et plus particulièrement la « Khazneh », le site du trésor avec sa façade imposante taillée dans le grès. Se tenir là, au cœur de cette cité construite dans la roche, accompagné de mon fidèle destrier est un souvenir divin que m’offre la Jordanie. Le repos du caravanier à vélo est de courte durée, il reste 180 kilomètres pour rallier Aqaba et il se dresse toujours devant nous l’apothéose de l’expédition : la traversée de Wadi Rum. Cette vallée désertique comporte des canyons, des arches naturelles et des falaises vertigineuses sur 40km. Nous y parvenons au coucher du soleil. Des guides croisés sur la route nous prennent pour des fous à vouloir traverser les 40 km de désert de nuit tant le sable est profond. Nos gravel font rires les autochtones, nos lampes ridicules font office de cierge dans une mer de sable et ne seront d’aucun secours pour identifier la piste empruntée par les 4&#215;4. La pluie et le vent des jours précédents ont effacé une grande partie des traces des véhicules alors que nous quittons le village de Shakaria. A 2h00 du matin, le désert de carte postale se transforme en tombeau prêt à nous accueillir. Pour la première fois, je sens la peur de mon co-équipier allemand qui lutte dans les ornières de sable avec ses pneus de 40mm. Le silence qui règne dans le désert est angoissant. A la lueur des étoiles nous progressons lentement sous la surveillance des ombres des formations rocheuses gigantesques qui forme un corridor naturel encerclant le désert. Pour la première fois, je suis saisi d’effroi sur le vélo car nos chargements en eau et ravitaillements sont très limités. Nous marchons de longues minutes dans le sable. Dans un mélange d’euphorie et d’hystérie, ma fierté me pousse à pédaler autant que possible. Le désert est une mer impitoyable qui noie l’orgueil des Hommes. Il me jette au sol à plusieurs reprises et me rappelle que l’équilibre sur un vélo est une grâce qu’il faut respecter à chaque seconde. Aux premières lueurs du jour, le Wadi Rum se dévoile et imprime à jamais une beauté de genèse du monde dans mon esprit.</p>
<p>Les larmes d’Arabie perlent sur mes joues, je saisis à la fois l’ampleur et le ridicule de l’acte que nous tentons d’accomplir avec Jonas. Avec notre caravane brinquebalante, nous apercevons au loin un fin bandeau d’asphalte. Un véhicule nous repère et se stoppe net pour faire marche arrière. J’imagine nos compagnons du véhicule média qui tentent de nous rejoindre depuis plusieurs heures et rêvent de notre accolade pour partager ce point d’orgue de l’expédition. En réalité il s’agit d’un père et de son fils qui se dirigent vers le Wadi Rum et qui ont aperçu au loin nos traces. J’embrasse l’asphalte en arrivant. Le père moustachu sort de sa voiture un oud majestueux pour nous jouer quelques notes comme pour célébrer notre traversée du désert. Une longue descente asphaltée nous permet de rejoindre la ville balnéaire d’Aqaba. Nos hôtes du désert nous suivent lentement en klaxonnant sans relâche. La mer Rouge nous accueille avec un furieux vent dans le dos. Nous jouons avec Jonas tels 2 gosses et alternons un relais jusqu’au dernier kilomètre à plus de 40 km/h. 120 heures après notre départ d’Umm-Qais, nous foulons le sable de la mer Rouge. Je ne sens plus mes avant-bras et peux à peine serrer la main de mon compagnon allemand. Jonas me souffle qu’il s’agit là du parcours le plus difficile qu’il ait jamais eu à traverser à vélo. Cette 1ère croisade de 2020 est un succès et les caravaniers peuvent être fiers. Traverser la Jordanie vous décape l’égo tant le défi est total. Pas étonnant que face à des conditions si rugueuses, l’Homme de Jordanie soit si bienveillant envers le pèlerin et si heureux d’accueillir le cycliste. Le sable mélangé aux embruns des mers mythiques est une saveur d’Orient indescriptible tant qu’elle n’est pas vécue. Merci Jordanie.</p>
<p>Lien de mon parcours Strava : <a href="https://www.strava.com/activities/3147533573">https://www.strava.com/activities/3147533573</a></p>

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		<title>Juste sous la Lune</title>
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		<dc:creator><![CDATA[axel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jan 2020 09:35:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Expéditions]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1900 kilomètres de piste relie la cité impériale des Incas: Cuzco à la Cordillère blanche péruvienne. Un collier de plus de 40 ascensions à plus de 4000 mètres d'altitude.</p>
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			<p style="margin-top: 0px; text-align: center;"><em><a href="https://www.200-lemagazine.com" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><strong>Récit publié dans le N°23 &#8211; HIVER 2019-2020 du magazine 200</strong></a></em></p>
<p><strong>Photographe: <a href="https://www.ospreyimagery.co.uk" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Osprey Imagery</a></strong></p>
<p>La Cordillère des Andes est la plus longue chaîne de montagne au monde, et la plus jeune. Elle me fascine à tel point qu’elle m’a tout pris : copine, amis et appartement. Cela fait déjà cinq ans que j’y retourne, et que je souffle mes bougies au cœur de la vallée des Incas : Cuzco. Hasard ou coïncidence, je vieillis chaque année un peu plus de deux jours avant la date de l&rsquo;indépendance du pays (28 juillet). Ce jour là, le pays organise une fête gigantesque sur un bandeau de 3 500 kilomètres. Imaginez des centaines de péruviens en fanfare, soufflant cette rythmique péruvienne typique et des danseuses péruviennes virevoltant dans des valses répétitives qui n’auraient rien d’impressionnant si elles n’étaient dansées à 3400 mètres d’altitude !</p>
<p>Le 26 juillet 2019, en regardant la statue de l’empereur sur la « <em>plaza de armas</em> » (la place centrale des villes d&rsquo;Amérique du Sud), j’ai comme l’impression qu’il se gausse, en observant nos accoutrements de cyclistes. Je suis en compagnie de Jonas Deichmann, l’homme le plus rapide du monde sur un vélo à traverser l’Eurasie et les Amériques. Nos gravels sont chargés comme des mules. Je crois que je ris aussi, quand je pense au peu d’entrainement que j’ai dans les cuisses. Jonas, lui, revient de 100 000 mètres de dénivelé positif dans les Alpes, en vingt jours. La fraicheur des Andes se fait sentir : un froid sec, vif et pénétrant. Le Temple du Soleil est bien au Pérou, Hergé ne s’était pas trompé : indice UV 14, contre 5 à Nice. Même à l’ombre, l&rsquo;astre vous consume la couche primaire de l’épiderme.</p>
<p>Droit devant nous : l’un des plus hauts segments de pistes praticables de la Terre. Tout va bien. Un couple d’anglais l’aurait surnommée : la <em>Peruvian Great Divide</em>, en référence à l’<em>American Great Divide</em>, la principale chaîne montagneuse des États-Unis courant du nord au sud du pays. Pour ma part, c’est une œuvre inachevée qui se dresse devant moi : monstrueuse, inaboutie. Depuis cinq ans, depuis juillet 2015, je rêve de revenir poser mes roues sur ce parcours bien connu des cyclotouristes et aventuriers qui osent le défier. En 2015, je n’étais parvenu à convaincre mes deux compagnons cyclovoyageurs de l&rsquo;affronter avec nos randonneuses de 50 kilos tous pleins faits. En 2018, j’avais manqué de briser mon gravel sur les pistes andines, avec deux autres compagnons qui avaient aussi refusé d’aller plus loin après les misérables 450 km parcourus ensemble en 7 jours. En 2019, cette fois c’est la bonne. Les 1 900 km, 35 cols à plus de 4 000 m et 40 000 m de dénivelé n’ont qu’à bien se tenir.</p>
<p>La méthode choc pour se convaincre d’affronter un défi fou ? Relativiser. En attendant Jonas à Cuzco quelques jours avant le départ, je rencontre Octavio, expert péruvien du « <em>Qhapaq-ñan</em> » (le chemin royal, en langue quechua), qui m’explique comment l’empire Inca avait développé le télégraphe bien avant Claude Chappe. Nul besoin de poteaux et de câbles au Pérou, les Incas utilisaient les forces vives de l’empire : sa population. Chaque hameau, village, ville disposait au sein de sa communauté de messagers « <em>Chaskis</em> », nés pour courir et pour transporter les messages à la force du mollet, du désert de la côte aux montagnes des Andes, jusqu’à l’Amazonie. Chaque jour, depuis le centre de commande de Cuzco, l’empereur faisait porter des messages jusqu’aux confins de son empire. Les <em>Chaskis</em>, équipés d’un simple sac et d’une paire de sandales, étaient capables de convoyer des messages sur 3 500 km en moins de douze jours. Ils se reposaient dans les « <em>Huasis</em> », des abris de fortune.<br />
La statue de l’empereur continue de sourire, les mots d’Octavio résonnent, mon gravel est une limousine à côté des <em>Chaskis</em>. Matos de bivouac, brosse à dents, chambres à air, transmission hydraulique Rotor. J&rsquo;ai un Airbus A380 sur deux roues. Jonas aussi se marre, il a des jambes de fer et un sourire indéfectible après deux records du monde à vélo en Eurasie et aux Amériques. Nos préparations physiques sont à l&rsquo;opposé l&rsquo;une de l&rsquo;autre, nos machines n’ont rien à voir l’une avec l’autre. J’ai réfléchi à mon échec de 2018. Cette fois j’ai fait le choix d’un gravel extrême avec pneus en 2.4’ et transmission mono 36 – 11/52 sur roues de 27,5’. Sur le papier, il pourrait venir à bout de n’importe quel col. Jonas vient en mono 40 – 11/42 avec des pneus de 40 mm et roues de 26’. Le choix de l’efficacité allemande !</p>

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La sortie de Cuzco est un viol des cuisses, sans aucune acclimatation, nous parlons Quechua à la fin des 20 premiers kilomètres!
</p></blockquote>

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			<p style="margin-top: 0px;">La sortie de Cuzco est un viol des cuisses. Aucune acclimatation, nous parlons Quechua à la fin des 20 premiers kilomètres. Il nous faut deux heures pour grimper à 4000 m et redescendre à 3600 au village de Ccorca. Puissance moyenne : 104 watts. L’altitude nous met à l’épreuve. Les larmes arrivent avant la transpiration, un record. Il fait 0 degré, Jonas comprend qu’il va manquer d’équipements contre le froid et réalise que ce défi va être très difficile. Notre première nuit est négociée chez l’habitant, il n&rsquo;y aucun hôtel à 40 km à la ronde. Un adorable couple de péruviens nous loge dans la chambre de leurs filles, le concours d’apnée commence. Aucun de nous deux n’est acclimaté et les couvertures péruviennes pèsent 10 kilos. Au Pérou, pour lutter contre le froid, comme à vélo, il est nécessaire de multiplier les couches. Dans le lit de nos hôtes, quatre ou cinq couvertures superposées.</p>
<p>Il fait -6 degrés à 5 heures du matin. Ce n’est pas le GPS qui nous le fait comprendre, mais le passage sur le pont au-dessus de la rivière gelée. Le maté de coca (le Pérou est le premier producteur au monde de feuilles de Coca) nous réchauffe l’âme. Ce thé est aussi répandu au Pérou que l’Inca Kola, le Coca-Cola des Andes, de couleur or et au goût…différent. Un autre 4 000 mètres nous attend à la sortie du village. Nous avons les dents serrées. Sur le papier, seuls 485 mètres d’élévation nous séparent du col. Il nous faudra 2h30 pour arriver au sommet. Les Andes peuvent faire rêver les grimpeurs ou devenir leur pire cauchemar. Les cols semblent ne pas avoir de fin. A chaque épingle négociée, une autre apparaît au loin, telle un mirage créé par les dieux. Les ascensions font souvent plus de 40 kilomètres. De quoi admirer les paysages somptueux et monumentaux. Entre le cerveau qui délire à cause de l’altitude et la géologie unique de la région, le vertige est permanent. L’épilepsie visuelle de la cordillère est indécente.</p>
<p>Deux motards nous poursuivent ce jour-là et tentent de me tirer par le bras pour que je m’arrête. La moto fait un deuxième passage, s’arrête quelques centaines de mètres plus haut. Nous nous regardons, avec Jonas, en nous préparant au contact. Le sous-sol du Pérou regorge d&rsquo;or, d&rsquo;argent, de cuivre, de fer. Il faudra trente bonnes minutes pour désamorcer la situation. Vidal, le pilote de la moto, est le maire du village en contrebas. Nous lui expliquons que la Citroën C5 qui nous suit et le drone qui nous survole, ne sont pas des engins de prospection minière. En même temps, nous sommes les premiers à tenter de rallier à vélo la cordillère Blanche péruvienne depuis la vallée des Incas. Pas étonnant que les péruviens nous prennent pour des menteurs ou des fous.</p>
<p>En seize jours pourtant, nous parviendrons à parcourir l’intégralité du parcours pour rejoindre ce fameux lac de Conococha qui dort au pied de la cordillère Blanche. Jonas sera contraint de reprendre des forces durant deux jours à la suite d’un mal des montagnes. Il aura le cran de remonter sur le vélo pour terminer le parcours. J’aurai plus pleuré que transpiré sur ce sentier de vie où rien, à part une fine pampa, des lamas et des alpagas, ne parviennent à survivre. L’air sec des Andes en altitude dessèche tout, mais remplit l’âme d’une beauté immaculée. Elle s&rsquo;y imprime à jamais. Hémorragie rétinienne garantie : lacs bleu turquoise, cordillères aux mille couleurs, canyons vertigineux, aucun kilomètre ne ressemble au suivant. Rythme de l’expédition oblige, nous sommes chaque jour levés avant le soleil et avons le privilège de le voir disparaitre dans une orgie de couleurs. Chaque lever et coucher de soleil est un chef d’œuvre ; à contempler avant que nous n&rsquo;allumions nos phares. Le cerveau appauvri en oxygène cherche ses mots, le mythe inca résonne comme un tambour dans les tempes. L’expérience est indescriptible. Le tendon droit à moitié déchiré, l&rsquo;intérieur des cuisses ouverte jusqu&rsquo;au sang, nous devenons « <em>Chaskis</em> » à chaque coup de pédale. Nous contemplons chaque nuit la Voie Lactée. Elle nous rappelle à quel point les Incas étaient fascinés par l’astre du jour comme par ceux de la nuit. On roulerait presque tous feux éteints, sous une fine lumière stellaire, bercés par le bourdonnements de nos pneus sur le gravier &#8211; si nous ne prenions pas le risque de manquer la prochaine épingle et de dévaler 700 mètres de pente. Le corps en prend un coup, on délaisse l’hygiène occidentale pour l’ivresse des montagnes. La première douche, après douze jours et 108 heures de vélo, est une renaissance. Je crois être resté sous la douche 20 minutes et de m&rsquo;y être endormi.</p>
<p>Les jours de cette « <em>Divide</em> » péruvienne ne se sont jamais ressemblés. Il nous a fallu 148 heures de vélo pour en venir à bout. Les souvenirs sont inoubliables. J&rsquo;ai cumulé 230 jours de vélo dans la Cordillère des Andes. Ce tronçon est de loin le plus fou et le plus éprouvant que j’ai jamais parcouru. Chaque kilomètre est une genèse, un prélude à la beauté du monde. Avec l’altitude délirante du parcours (15 cols à plus de 4 500 mètres, 3 à plus de 4 900 mètres, 35 pics à plus de 4 000), tous les repères disparaissent. Ils laissent place au murmure des Andes. La seule musique est le disque du cycliste, avec ses deux diamants en 27,5 double paroi. Cette expédition a détruit mon corps, mais nourri mon âme. Dans les Andes, l’ivresse est obligatoire, il faut respirer 2 fois plus qu’au niveau de la mer avec 50% d’oxygène en moins. Les Péruviens le savent et sourient à chaque rencontre lorsque nous leur expliquons d’où nous venons. La plupart des villages que nous avons traversés souffrent (ou jouissent) d’un isolement singulier. Tous les villageois cependant ont les yeux qui brillent lorsque nous évoquons l’héritage des « <em>Chaskis</em> » et du chemin royal des Incas. Le mythe a su traverser les frontières continentales, mais vibre toujours dans le cœur de chaque Péruvien. Je connaissais l’accueil fait par les pompiers sud-américains aux cyclistes, pour avoir dormi de nombreuses nuits dans leurs casernes. Au cœur des Andes, nous avons découvert un accueil immuable et endémique de la culture péruvienne. Chacune de nos rencontres est imprégnée d’une compassion immense envers le voyageur métabolique. Une vibration unique est perceptible derrière les traits durs du visage durs de chacun de nos hôtes. L’excitation, une fois le premier contact établi, est palpable. Le maire nous accueille dans la mairie après une franche poignée de mains et nous loge dans la salle adjacente à son bureau. La famille trentenaire, propriétaire de l’unique « <em>tienda</em> » (l’équivalent d’une épicerie), nous fait frire de délicieuses « <em>salchipapas</em> » avec des pommes de terre cultivées sur son terrain. Chaque matin, ces rencontres éphémères foudroient nos âmes et nos cuisses de nostalgie alors que nous repartons sur les pistes. Aussi sûr que ces montagnes sont hautes, nous ne reverrons sans doute jamais ces bons Samaritains andins. Seuls resteront ces sourires, ces regards et ces mots échangés.</p>

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			<blockquote><p>
L’accueil des péruviens pourrait être inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité
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			<p style="margin-top: 0px;">Depuis la France, en repensant aux <em>Chaskis</em> qui vivaient parfois à 4 900 mètres d’altitude, je frissonne encore. Ce peuple est une ode au combat que doit mener l’homme pour survivre dans un environnement hostile. La couperose court sur le visage des enfants. Sur celui de la bergère qui emmène son troupeau à 4 700 mètres, à cinq heures du matin, à la recherche des plus beaux pâturages du globe. Sur celui de la « <em>mamita</em> », cette vieille dame sans âge que l’on croise partout dans les Andes, qui prépare à l’aube un pain au fromage et cette boisson à base de <em>maca</em> &#8211; une plante des hauts plateaux cultivée depuis les débuts de l’empire inca. Avec ses dents sur couronnes de métal si répandues au Pérou, elle pousse depuis trente ans sa roulotte et ses seaux de boissons chaudes pour servir le petit déjeuner à la sortie du village. La honte m’envahit et je me ravise de partager cette histoire d’une vie sur les réseaux sociaux. Ils ne feraient que broyer cette émotion dans la dictature de l’instant.</p>
<p>L’accueil des Péruviens pourrait être inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité. Leur sens de l’accueil inébranlable, leur respect de l’effort humain valent de l’or. Nous avons été encouragés en permanence sur les pistes, logés dans les mairies de fortune des nombreux villages où la simple prononciation du mot « hôtel » fait sourire l’autochtone. Nos duvets « 0°C » n’auraient pas fait long feu par les -15°C que le GPS indiquait souvent au lever du jour. Les conditions hostiles des Andes marquent chaque visage. La bonté, cependant, demeure intacte. Chacun connaît les conditions du chemin arpenté, de la piste défoncée et du froid glacial qui souffle sur les contreforts des montagnes. Personne ne doit être oublié, chaque effort métabolique est salué. Serait-ce l’héritage des <em>Chaskis</em> Incas ?</p>
<p>Ce peuple a bâti l&rsquo;un des réseaux de routes et pistes les plus incroyables de la planète. Aucun engin n&rsquo;était utilisé à l’ère pré-inca et inca. Seul le génie humain et son insatiable volonté de survie et de communication avec ses semblables, ont permis de relier le sud de la Colombie jusqu’au sud du Chili par des sentiers défiant l’entendement. Les conquistadores espagnols, ont cherché, en vain, l’or des Incas en assassinant les frères Atahualpa et Huascar.</p>
<p>Pourtant, avec Jonas nous sourions. Sur ces 1 900 kilomètres de pistes défoncées, nous avons été heureux de savoir que l’or des Incas demeurait inviolé. Nous avons traversé les plus grandes mines du pays, notamment celle de « l<em>’Abra Rapaz</em> » à 5 000 mètres. Rapaz signifie « vautour » en Quechua. Nous avons pu observer l&#8217;empressement des sociétés étrangères &#8211; chilienne, canadienne, australienne, américaine et française &#8211; à puiser le précieux minerais. Mais aucun des conquistadores ni des prospecteurs des temps modernes n’a su entendre et écouter le souffle des Andes péruviennes. Le trésor secret continue de scintiller majestueusement, en silence, sous l’œil bienveillant et la protection de sa population.</p>
<p style="text-align: center;"><em><strong>Récit publié dans le N°23 &#8211; HIVER 2019-2020 du magazine 200</strong></em></p>

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